Crime of the Future de David Cronenberg
Précipitez-vous si vous avez envie de savoir ce que je déteste le plus au cinéma, la vacuité abyssale, le pédantisme ampoulé, l’artifice qui n’a d’autre objet que la provocation imbécile.
Sous le fallacieux prétexte d’une introspection chirurgicale au croisement de la recherche scientifique et d’une sorte d’esthétisme frankensteinin, l’on nous inflige des propos d’axolotls avec un débit de débiles qui dégoisent d’un air prétentieux et ignare en se gobergeant d’un vocabulaire de revues scientifiques pour salons de coiffure.
Comme tout est remarquablement fait dans ce film, décors, éclairages, maquettes et accessoires, le regard de plus en plus vague du spectateur peut se distraire en admirant ce savoir-faire artisanal de haut standing.
La musique est à la hauteur de ce fantasme pour midinette, une sorte de bruit ennuyeux qui empêche (à peine) de dormir. Il serait simple de finir ici ce billet ; mais soyons de bon compte, certains adorent le film, comme Mathieu Jaborska qui s’est fendu de cet article : https://www.ecranlarge.com/films/critique/1432959-les-crimes-du-futur-critique-du-grand-retour-de-david-cronenberg
Et si vous avez la patience de le lire, vous prendrez la mesure de la distance infranchissable entre ceux qui apprécient et ceux qui n’entrent pas dans cet univers de science-fiction pour esthètes qui s’emparent du corps humain pour une investigation biologique, philosophique et artistique qui peut plaire mais c’est à vous de voir ; et je vous aurai prévenu.
Die Wannseekonferenz de Matti Geschonneck
Un film essentiel, austère, très important pour la perpétuation de la mémoire des moments les plus terribles qui ont jalonné l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Ici, l’enjeu de cette conférence tenue le 20 janvier 1942 n’était rien moins que l’élimination de 12 millions de juifs vivant en Europe.
Et la moitié n’a pas survécu ! Il se trouve qu’un verbatim de cette réunion a été miraculeusement préservé et qu’il a pu servir à la rédaction du scénario, très classique. Le film commence le matin et se termine lorsqu’en fin de journée, les participants à cette monstrueuse conférence se quittent.
Certes le film est bavard puisque nous suivons tous les échanges qui eurent lieu durant cette conférence d’une durée de deux heures seulement, et ils obligent à une lecture frénétique des sous-titres. Mais l’on fait connaissance des personnalités saillantes qui sont ainsi réunies, dont le jeune Eichmann qui deviendra la personnalité emblématique de cette « solution finale » lors de son procès en Israël.
Tous les acteurs sont d’une glaçante perfection, sanglés dans leurs uniformes ou leurs costumes croisés, et nous essayons de savoir qui est qui, quelle est leur position entre les commandements militaires, les autorités civiles et autres fonctions dont les énoncés sont tellement longs à chaque fois qu’il faut presque deux sous-titres pour en arriver au bout sans que l’on ne comprenne d’ailleurs le sens exacte de chacune d’elles. Le président de cette conférence est Reinhard Heydrich, SS-Obergruppenführer et directeur du RSHA, le Reichssicherheitshauptamt, nazi qui avait montré son talent e.a. lors de La Nuit des Longs Couteaux en 1934.
La qualité des images contribue à donner au film un air glaçant et l’absence de musique comme de toute scène de diversion font de ce récit ce qu’il convient sans doute qu’il soit : une contribution importante à la compréhension d’une histoire incompréhensible et dont la guerre en Ukraine rend urgente la nécessité de raisonner ses questions dramatiquement essentielles.
