De l’or, un précieux et rare bijou comme l’on aimerait en voir plus au cinéma parce qu’il nous parle, nous interroge, nous secoue sur notre monde d’aujourd’hui.
Il pourtant il s’appuie sur un roman écrit au lendemain de la dernière (?) guerre, le célébrissime 1984, une dystopie comme il convient de dire pour caractériser une science-fiction utopique et sombre. Ce film documentaire en reprend tous les codes, une voix off donne la parole à l’auteur anglais qui nous partage des éléments nombreux de sa vie qui s’entremêlent aux thèmes de cette œuvre.
Le sous-titre : 2+2=5 est une image du pouvoir qui impose une contre vérité, une vérité alternative, qui exige l’approbation des pauvres gens à cette aberration. Tout est politique, la démonstration est éblouissante comme la définition des classes sociales, la upper-middle class ce statut qui a poussé toute une génération vers les colonies pour accéder à un situation économiquement plus favorable. Les liens établis entre art et politique sont illustrés, comme l’omniprésence des caméras de surveillance de plus en plus sophistiquées, e.a. thèmes nombreux de notre quotidien planétaire.
Le réalisateur jette un ample regard sur le siècle qui s’est écoulé depuis la parution de ce roman et il n’épargne aucun leader dictatorial, aucune répression de masse comme par exemple celle qu’a subi le POUM, le Parti ouvrier d’unification marxiste, mouvement communiste espagnol indépendant, un peu oublié aujourd’hui.
Sur ce panorama des dérives de nos démocraties (et elles sont très nombreuses, de plus en plus préoccupantes) vient se greffer la « tech » qui aujourd’hui régule notre monde de façon de plus en plus incontrôlable.
Il y a une mise en évidence de la novlangue, des hyperboles pour discréditer, des litotes ou des euphémismes pour noyer le poissons, qui sont aussi amusantes qu’effrayantes car c’est par le vocabulaire d’abord que la démocratie s’effrite, perd son sens.
L’auteur nous amène doucement à ce moment où nos sociétés se rassurent, à tort, en préférant la simplification et la surveillance, en espérant ainsi se protéger.
L’idée défendue par le cinéaste est que la solution à cette dérive autoritaire est l’action collective, guidée par un code moral, ultime recours pour préserver la vie de notre espèce.
Cet auteur très engagé avait réalisé un film sur Lumumba, j’ai commenté déjà I am not your Negro et Der junge Karl Marx, films ayant tous ce sens des rapprochements, des complémentarités et d’une intensité intellectuelle qui, ici, frisent parfois la surdose. Mais c’est tellement nourrissant ! Et inquiétant comme ces bactéries de la tuberculose vraisemblablemnt, vues en ouverture du film et à la fin, comme un signe, une alerte sans doute de ce qui pourrait nous anéantir si l’on n’y prend garde.