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Le nouveau film de Paolo Sorrentino: La Grazia

La grâce est un mot polysémique, l’élégance, mais aussi la vertu religieuse, et la décision prise en faveur d’un condamné, ou plus simplement un pardon ou une générosité accordée à quelqu’un.

Et dans le film, une autre définition nous est proposée : la grâce, c’est la beauté du doute.

Grâce à ce film, nous allons partager les dernières semaines d’un Président de la république italienne, totalement imaginaire, arrivé au terme de son mandat. Le film commence d’ailleurs de façon didactique en nous rappelant les devoirs de la fonction. Dont celle d’accorder la grâce.

Le récit est à découvrir car il ne manque ni d’originalité ni de surprises comme, par exemple, celle des dialogues avec le Pape.

Les deux enjeux de cette fin de présidence sont, l’un, d’ordre législatif (signer ou non la loi sur l’euthanasie) et l’autre, judiciaire, statuer sur deux demandes de grâces, celle d’un homme et celle d’une femme ayant, l’un l’autre, tué leurs conjoints.

Derrière ces passionnants débats se pose la question plus philosophique de savoir à qui appartiennent nos jours.

Voilà pour l’intérêt des sujets abordés. Ils le sont essentiellement dans une relation professionnelle entre le Président et sa fille qui est son bras droit.

Tout l’entourage protocolaire de la présidence est particulièrement amusant à suivre, ainsi que de nombreuses rencontres qui, elles, ne sont pas toutes amidonnées, loin s’en faut.

L’esthétique très raffinée des somptueux décors et des lumières, est soulignée par une systématisation des cadres symétriques ayant le plus généralement le Président en son centre, sorte de point d’équilibre, mais aussi d’écartèlement dans les débats, souvent intérieurs, qui l’occupent. Ce qui nous vaut de nombreuses images de visages dont l’intensité des silences est admirablement incarnée. Quelques scènes à la limite de l’onirisme jalonnent l’évolution des songes qui hantent ce Président sur le départ. Et plusieurs fois l’épouse décédée est évoquée, souvent par une voix off qui nous explique et un chagrin insurmontable et une jalousie inapaisable.

De ce réalisateur italien j’avais commenté déjà La Grande Bellezza, Youth, Loro et Parthenope films qui ont tous en commun un foisonnement d’idées et une faiblesse de structure scénaristique pour les bien valoriser. Les excès, parfois une certaine vulgarité, qui caractérisent quelques séquences de ces films nous sont épargnés cette fois. Mais pas les petites longueurs qui sont des respirations sans doute ménagées dans le scénario pour que les spectateurs puissent méditer les sujets successivement abordés.

Rendons grâce à ce film de nous proposer des univers aussi savoureux, traités de façon aussi amusante et raffinée.

Francis de Laveleye

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