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La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa

L’histoire la plus riche que l’on puisse espérer découvrir dans un superbe film.

Ce n’est pas un de ces biopics désastreux comme il s’en produit tant et qui aurait ciblé cette fois Madame Bettencourt, bien qu’à l’évidence elle a inspiré le scénario. Le film doit être vu comme un récit original, admirablement écrit, dialogué, illustré, mis en image et interprété par des acteurs fabuleux, nombreux, tous excellents et aucun ne fait d’ombre aux autres.

Le dispositif narratif est astucieux qui fait débuter l’histoire par une descente de police et les interrogatoires des principaux protagonistes. Nous reviendrons à ces interrogatoires devant un fond noir comme un chapitrage donnant des éléments, des points de vue qui contribuent à comprendre la diversité des regards posés sur cette extravagante histoire : l’emprise d’un écrivain, photographe, véritable Raspoutine dont les liens avec cette femme la plus riche du monde vont susciter de très graves questions qui font l’immense intérêt de ce récit à plusieurs niveaux.

Celui d’abord de l’empire L’Oréal et de l’homme qui l’a bâti et qui n’est jamais à l’écran mais dont la biographie est plus qu’ambiguë. Celui de la juxtaposition de la judéité et d’une famille traditionnelle française dont les relents antisémites ont été volontairement dissimulés.

Celui encore de la muflerie provocatrice d’un homme qui va se faire couvrir sans limites de dons en argent. Celui aussi, très bien partagé, de la dissentions d’une mère et d’une fille qui n’arrivent plus à nouer des liens d’affections. Celui encore de la problématique de la succession familiale à la tête d’un empire. Celui abordé frontalement des liens avec les politiciens qui ont bénéficié de largesses. Comme encore celui des méandres judiciaires et notariés qui vont dresser les uns contre les autres jusqu’au compromis final inspiré peut-être par l’amour.

Le rythme du récit est haletant, les décors somptueux et les costumes d’une admirable richesse. La mise en scène occupe remarquablement les espaces nombreux et variés où évoluent les protagonistes dont les dialogues sont écrits avec un rare talent.

L’image d’Hichame Alaouié, les mouvements de caméra, les choix de focales contribuent de façon brillante à donner cette impression de luxe et de bon goût qui est l’apanage de ce milieux.

Du réalisateur nous avons vu déjà Tout nous sépare dont le scénario était moins inspirant.

Ici nous repensons à cet adage : La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

Et si c’est de l’argent, chacun sait qu’il ne fait pas le bonheur.

Francis de Laveleye

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