0

Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

The Chef – Boiling Point de Philip Barantini 

Très étonnant et éblouissant, bouillonnant, pour trois raisons au moins.

Le scénario est comme de la dentelle ; il raconte une soirée du vendredi avant le réveillon de Noël, en temps réel, dans un restaurant étoilé londonien où il se passe un nombre incroyable de choses avec un nombre considérable de gens. Et, deuxième raison, les personnages sont tous admirablement interprétés. Il y a là une rare brochette de talents qui arrivent tous à faire exister leur rôle, même fugitifs, souvent brillamment, dans des scènes d’un dynamisme qui propulse le film de moment en moment si bien que l’on ne s’ennuie pas une seconde.

Et troisième raison, l’incroyable tour de force d’avoir tourné ce film de 94 minutes en un seul plan, sans trucage ou raccord caché.

L’ambiance lumineuse, la musique en fond discret permanant, tout concourt à une forme de réalisme, quasi documentaire et cependant l’on reste suspendu à l’évolution du parcours de chaque personnage, essentiellement le chef qui se débat dans un nombre inextricable de problèmes, privés, personnels et professionnels.

Ce que vous apprécierez particulièrement sans doute, c’est l’énergie formidable de ces acteurs qui, comme au théâtre, entrent dans le champs de la caméra au mieux de leur forme chaque fois, avec une tension, un abatage incroyable. Et cela quel que soit le lieu, car la caméra se glisse entre les portes étroites, les tables, les pièces annexes, l’impasse extérieur même, avec une fluidité qui contribue pour beaucoup à la puissance de ce film rare, incomparable.

Un spectacle pour gourmet.

Kompromat de Jérôme Salle 

Ce titre abscons est le mot qui, en russe, désigne les faux témoignages et documents visant à compromettre la personne qui est visée par un pouvoir politique pourri qui cherche à donner un vernis de légalisme à ses exactions les plus arbitraires.

(En russe : компромат, abrégé de компрометирующий материал), signifie littéralement « dossier compromettant ».

Nous voilà dans une contrée lointaine de Russie, à Irkoutsk en Sibérie (pensez-y pour vos prochaines vacances !) lors d’un spectacle organisé par l’Alliance française, et qui va ulcérer le pouvoir, la censure, et les cons qui en sont chargés au point de persécuter de la façon la plus violente le représentant français de celle Alliance française.

Le récit se déroule longuement de façon chronologique et nous permet de découvrir des scènes aussi réalistes que terrifiantes : arrestation, interrogatoires, mise en cellule carcérale collective, puis individuelle, libération avec bracelet …

C’est d’un réalisme appuyé, un peu lourd, dans une ambiance nocturne quasi permanente, et l’intrigue m’a semblée tirée en longueur, ce qui n’empêche pas d’admirer le travail.

Les méchants Russes sont tellement caricaturaux qu’ils pourraient être issus d’un casting pour un James Bond ; mais sans humour. Le personnel diplomatique français est d’une couardise et d’un manque total de crédibilité qui rendent leurs scènes trop appuyées. Quelques moments « réalistes » qui visent à donner une image déglinguée de la Russie, m’ont semblées très révélatrices de ce pays qui patauge dans son opération militaire spéciale et le ridicule politique absolu.

C’est Gilles Lellouche qui porte ce lourd film sur ses larges épaules et il ne renâcle pas à la tâche. Vers la fin surtout, il me semble qu’il essaye même de rivaliser avec Sylvester Stallone ou Harrison Ford. Peut-être un peu avec notre Jean-Claude Van Damme… Mais il n’en reste pas moins le bel homme, urbain, dans la maturité séduisante et ça marche, la talentueuse actrice polonaise, Joanna Kulig, peut en témoigner ! Elle était l’une des nonnes dans Les Innocentes et aussi, brillamment, la chanteuse dans Cold War.

Le réalisateur, dont j’avais commenté L’Odyssée connait parfaitement son métier (Largo Winch) mais ici le montage sans doute auraient dû être moins complaisant et accélérer cette aventure distrayante et qui soulève incidemment une question grave, celle de l’innocence face à l’accusation mensongère. Il ne s’agit pas d’une plainte pour harcèlement, mais d’un système politique qui est au banc des accusés dans le film. Prenez place dans le jury, le spectacle est de qualité.

Francis de Laveleye

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *