On connait le goût des Anglais et leur talent pour les comédies sociales, dont Alec Guinness avait été l’interprète idéal à la fin des années cinquante et dans les sixties. Le prolo britannique qui casse les codes, tel est le thème de ces films. Une veine que le cinéma d’outre-manche a continué à alimenter (Billy Elliott ou The Full Monty pour citer deux excellents exemples plus récents). A présent, le délicieux « The Duke », inspiré d’une incroyable histoire vraie (genre la réalité dépasse la fiction).
En 1961, Kempton Bunton vole à la National Gallery de Londres le portrait du Duc de Wellington peint par Goya. Il envoie alors une demande de rançon : il ne rendra le tableau qu’à condition que le gouvernement rende l’accès à la télévision gratuit pour les personnes âgées ! Le film raconte comment un inoffensif retraité (mais tout de même genre membre du « gang des vieux en colère » chez nous) est évidemment recherché par toutes les polices de Grande Bretagne, accomplissant le premier (et unique) vol dans l’histoire du fameux musée.
Roger Michell (« Morning Glory », « Notting Hill”), réalisateur d’une grande expérience, provoque dans une atmosphère loufoque un élan de sympathie pour le retraité, son épouse, femme de ménage chez des riches, et les deux fils qui bricolent. L’histoire semble inventée tant elle est invraisemblable et le cast semble s’en rendre compte car ils s’amusent tous comme des fous à part la pauvre Helen Mirren dans le rôle ingrat de la vieille épouse cynique et fatiguée. Jim Broadbent est tellement charmant qu’on lui donnerait toute la collection de la National Gallery sans discuter, Fionn Whitehead parfait en fils bloqué entre son père fantaisiste et sa mère sérieuse et enfin Matthew Goode est comme à son habitude suave et séduisant comme l’avocat de Kempton Bunton.