Rien de vraiment singulier. Mais le jeu de mot va prendre son sens lorsque l’on comprendra que ce récit n’est pas ordinaire et que, d’autre part, la question va se poser de savoir si un être humain est vraiment singulier ou duplicable.
Le prologue nous montre une universitaire, chercheuse en intelligence artificielle, interprétée par la très fascinante Patricia López Arnaiz. Elle dialogue avec une personne « fictive » pour augmenter les performances de celle-ci. L’environnement visuel est très froid, bleuté, ce qui accentue l’artificialité de l’ambiance commentée en voix off.
Le film démarre ensuite de façon bon enfant. Cette femme accepte l’invitation de son ex-mari à se rendre dans la maison de campagne qu’ils occupaient autrefois, près d’un lac.
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Va-t-on s’immerger dans ce romantisme lamartinien ? Tout semblerait nous y conduire : les retrouvailles, une forme de tendresse qui a survécu entre eux une douzaine d’années sans se voir.
Soudain, un accident comme prémonitoire, va concrétiser brutalement le huis clos, l’enfermement de ce couple en pleine nature où un arbre semble porteur d’un douloureux souvenir que nous découvrirons petit à petit.
L’ex-mari n’explique pas ce que furent ses activités durant toutes ces années et lorsqu’apparait un sympathique jeune homme, manifestement familier des lieux, la question va se poser de savoir s’il ne s’agirait pas d’un androïde.
Les séquences de leur séjour se reproduisent comme des retours en arrière, certes avec des angulations, un montage différent, mais manifestement le réalisateur veut déstabiliser le spectateur comme l’est la femme, confrontée à des images dont on ne sait si elle sont fantasmées ou réelles. Un dialogue avec une étrange dame, comme fabriquée mais dont les propos sont ordinaires, contribue à dérouter le spectateur qui essaye de suivre les zig-zag d’un récit qui ne mène pas à grand-chose. Quelques phrases sentencieuses ponctuent cette errance narrative comme « Ils t’aiment mais l’amour ne peut le sauver ».
La musique aux tonalités tibétaines essaye de maintenir une tension que l’on ne ressent guère.
Il l’image de fin ne semble être qu’une pirouette devant, tout au plus, perpétuer sans succès ces interrogations singulières.