A mettre en pleine lumière. Un film marathon (3h15’) qui passe comme un souffle, celui de la tragédie qui, de 1935 à 1950 environ, bouleversa le monde. Le récit s’articule autour de deux idéalistes Jean Luchaire et Otto Abetz qui militaient pour le rapprochement de 2 grandes nations meurtries par la guerre de 1914 – 1918 et qui n’avaient, selon eux, qu’une seule option : la réconciliation, l’union et la paix.
Le titre du film est celui d’un recueil de 44 poèmes publié par Victor Hugo en 1840, évoquant le bonheur et la tristesse.
Le scénario est remarquablement construit qui nous fait découvrir à Paris en 1948, la mère d’une très jeune enfant. Elle semble se terrer, de peur d’être reconnue.
C’est cette femme qui sera le fil conducteur de ce récit « historique » confié à un enregistreur, recueillant cette sorte d’anamnèse intime. Elle évoque la vie de son père dont on peut penser que leurs relations ont été incestuelles. Elle fut une actrice d’une éblouissante beauté, un moment célèbre, proche d’Abetz, et c’est le livre qu’elle a publié en 1949 avant son décès précoce (Ma drôle de vie) qui a inspiré le scénario. Son père était un homme de presse, de gauche, soutien un temps de Léon Blum, amené presque contre son gré, à une collaboration qui lui vaudra d’être fusillé à la Libération au fort de Châtillon.
Cet homme avait réuni sous sa tutelle l’essentiel de la presse sous Vichy. Voilà qui devrait aujourd’hui faire réfléchir à l’emprise de certains patrons de presse très marqués à droite !
Ce que j’ai trouvé d’une modernité interpelante, c’est la description du « glissement idéologique » progressif qui fait d’un idéaliste, journaliste de talent, un vil serviteur des boches. Cette évolution, par stades successifs, est très bien illustrée, de façon complexe et loin des clichés sur les nazis. Nos réflexions sont élargies aux nationalismes résurgents et qui ambitionnent un peu partout aujourd’hui encore le pouvoir dans nos démocraties européennes. Un utile rappel que l’on ne négocie pas avec l’extrême droite.
Alors, on parlait sans vergogne de la France « enjuivée », aujourd’hui, elle est dite « islamisée » par les mêmes abrutis – mais pas seulement – qui sont prêts à en découdre.
Le réquisitoire de l’avocat général contre ce collaborateur est un modèle du genre !
Le film prend le temps de parcourir ces années tragiques dans toutes leurs complexités, économiques, racistes, politiques, qui ont déterminés les uns à la Résistance, les autres à l’attentisme ou à la Collaboration la plus cynique. Chaque comportement est richement incarné par un panel d’acteurs et d’actrices remarquables. Ferdinand Céline est montré pour ce qu’il était, une crapule que son talent littéraire a un peu trop maintenu en dehors de ses responsabilités idéologiques.
Ce n’est qu’après une heure de film que la guerre commence, ayant laissé le temps pour développer les enjeux multiples que la brutalité du IIIe Reich écrasera sans nuance.
Ensuite, toute l’évolution de la collaboration, les pires compromissions, sont évoquées de façon fastueuse.
Un autre thème qui parcourt le film est celui de la maladie. Métaphorique bien entendu, mais bien réelle : la tuberculose qui faisait des ravages avant la découverte, après la guerre, de la pénicilline et du vaccin B.C.G (Bacille de Calmette et Guérin). Et dire qu’une certaine droite révisionniste prône l’abandon des vaccins, jusqu’aux marches du Capitole à Washington.
Inutile de faire l’inventaire complet des nombreuses richesses que ce film nous partage, celle de l’histoire dans toute ses complexités qui reviennent au premier plan de notre actualité.
Corinne, la fille du journaliste fut la vedette du film Prison sans barreau, tant dans sa version originale française que dans son adaptation anglaise en 1938 par Brian Desmond Hurst.
Le réalisateur de la version française de ce film, auteur d’une quinzaine de longs métrages, Léonide Moguilewsky, russe de naissance, reviendra voir son actrice après la guerre. Ils auront un échange émouvant.
J’ai commenté deux parmi la quinzaine de films de Xavier Giannoli, L’Apparition Illusions perdues et pour celui-ci j’ai plaisir à souligner que les superbes images sont de Christophe Beaucarne, aidé par les maquillages spectaculaires de Katje Van Damme et aidé aussi à la machinerie par Stéphane Thiry, tous impliqués dans cette œuvre à la mesure de leurs talents.
Lorsque vous aurez vu le film, lisez cette remarquable analyse par Sandra Mézière : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2026/02/24/critique-les-rayons-et-les-ombres-de-xavier-giannoli-au-cine-6585046.html