0

Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Priscilla de Sofia Coppola

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient c’est le prénom de l’épouse d’Elvis Presley.

Ce biopic hagiographique est pour partie financé par elle et réalisé par Sofia Coppola que nous avons connue en meilleure forme : Virgin suicides, Lost in translation, Marie-Antoinette, Somewhere,…

Nous espérions la rencontre d’un requin et d’un dauphin ; c’est celle d’un hareng saur et d’une méduse. La chronologie de leur histoire qui dure 10 ans (bien connue déjà depuis l’excellent Elvis ) est respectée de façon très scolaire et je ne comprends pas qu’après le film exceptionnel de Baz Luhmann l’on ait pu se lancer dans un projet qui n’a rien pour lui. Le casting est consternant, seul le jeu de jambes de Presley filmé de dos essaye d’évoquer la star, la jeune fille (primée à Venise…) qui va devenir son épouse et sa victime est incarnée par une charmante mais frèle jeune fille sortie du couvent des oiseaux. De Parker, du père Presley, de fugitives et insignifiantes apparitions parmi une distribution de 3e rôles de 3e catégorie, issue d’un cours de théâtre amateur de province. Alors on essaye de s’intéresser aux rapports malsains entre les deux protagonistes. Quelques pilules, quelques cadeaux, quelques pudeurs, quelques mensonges, quelques humiliations jalonnent une histoire sans relief, confinée, durant laquelle l’emprise du mec transforme sa chose, d’abord respectée de façon mystique, en objet déguisé et peint selon les goûts qu’il lui impose.

L’intention de la réalisatrice est limpide : montrer une femme mal considérée et maltraitée dans un environnement richissime. Lorsqu’elle reçoit un meuble à la tête, propulsé par sa vedette de mari, on se dit qu’il y aura bien des signataires d’une pétition pour soutenir qu’un tel talent fait honneur au pays et qu’il ne doit pas être blâmé. Eh bien, Priscilla elle, prend sa gosse et s’en va. Les derniers plans du film sont navrants et terminer par l’actrice au volant le regard au loin, c’est d’une tristesse qui conclut pitoyablement un film qui n’a rien pour lui, pas même le plaisir d’entendre Elvis chanter.

Une affaire d’honneur de Vincent Perez

Quatre duels et un enterrement. L’enterrement est celui du neveu d’un maître d’armes dont le film fait le portrait. Les duels qui se succèdent ont deux vertus : celle de nous expliquer comment cela s’organise et se passe, celle d’illustrer l’incommensurable connerie humaine. Se battre à l’épée, au pistolet, au fleuret ou au sabre était interdit mais aussi le comble pour défendre son honneur en France entre la guerre de 1870 et celle de 1914. Cela nous vaut, durant le film, des scènes de cascades de très grande qualité.

Tout ce petit monde à la lisière de la grande bourgeoisie, de la noblesse d’Empire et des galonnés survivants de Sedan mène une vie arrogante, machiste, étourdie par des campagnes de journaux à sensation rendues possibles par la promulgation en 1881 de la loi sur la liberté de la presse. Les directeurs de presse en vinrent à former leurs journalistes au maniement des armes pour qu’ils puissent se défendre !

Le scénario fait place à un personnage historique, Marie-Rose Astié de Valsayre, féministe avant-gardiste qui nous est dépeinte de façon un peu caricaturale mais qui, au moins, à la vertu de nous faire découvrir une femme de caractère dont le vrai nom est Claire Léonie Ferdinand Tastayre. Socialiste, pianiste, compositrice, journaliste et militante féministe, elle mériterait à elle seule un beau film d’histoire. L’actrice Doria Tillier que nous avions remarquée déjà dans Monsieur et Madame Adelman e.a. nous en propose une interprétation très convaincante.

La mise en image recherche – à l’excès ? – à recréer une ambiance lumineuse en intérieur, dépendante encore des lampes à la Quinquet et des chandelles, ce qui donne une photographie sombre, avec des noirs profonds qui rendent parfois la lecture des images incertaine et qui, à la longue, lasse un peu. Les costumes et les décors sont magnifiques, les accessoires dénotent d’une fascination pour les progrès techniques, tel ce gramophone à cylindre. Mais tout cela semble distraire un peu des enjeux essentiels du scénario.

Ce qui, selon moi, est le plus abouti dans le film, outre les excellents acteurs, c’est le montage qui est maîtrisé dans le rythme, la succession des plans, les inserts et le suivi des duels et des positions et mouvements de caméra. Le montage me semble ici être une affaire de talent qui fait honneur au film.

Francis de Laveleye

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *