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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Het Smelt de Veerle Baetens

Ce titre est celui d’un 1er roman à succès de Lize Spit adapté pour le grand écran par une actrice au talent immense et qui se lance ici dans la réalisation avec un réel bonheur, si tant est que l’on puisse utiliser ce mot au sujet d’une histoire très douloureuse. Elle nous est contée en deux temporalités qui s’entremêlent : celle des faits durant la jeunesse, celle du règlement de compte à l’âge adulte.

Une nouvelle fois le sujet est centré sur l’abus qui est fait d’une très jeune fille, ici par des camarades de jeu, des voisins qui vont être protégés par leurs parents et une chape de silence qu’il nous faudra décoder petit à petit.

Les deux sœurs sont interprétées magistralement par deux actrices jeunes et convaincantes. Et l’ensemble du casting a cette surprenante richesse de visages et de talents nouveaux ou peu connus, ce qui accentue le réalisme de cette histoire si douloureuse.

Il est difficile de se contenter du simple récit de cette tragédie personnelle vécue par une jeune gosse qui ira de non-dits en douleurs inapaisables. Il y a derrière cette démarche une intention plus générale, celle de montrer (une fois encore) qu’au moment où les enfants se transforment en adultes, naissent en eux des pulsions qui, parfois, ne sont ni comprises ni jugulées. Et lorsque la brutalité, la force, s’imposent alors le risque est immense de créer des dégâts irréparables que malheureusement les parents ne peuvent ni prévenir ni apaiser.

Cette problématique est devenue centrale dans le post-me too qui perturbe en profondeur les relations impliquant l’engagement corporel. Il faut souhaiter que ce film contribue à la réflexion pour que ne se perpétuent pas d’autres débâcles.

La Fiancée du poète de Yolande Moreau

Yolande Moreau peut être qualifiée de « génie », ce terme qui désigne à la fois des dons exceptionnels et la capacité de les partager avec le plus grand nombre.

Comédienne incomparable, elle est aussi la réalisatrice exceptionnelle de Quand la mer monte, multi primé, et de Henri.

Son spectacle Sale affaire, du sexe et du crime en 1982 fut une extraordinaire surprise et Les Deschiens avaient travaillé ensuite durant dix ans avec cette actrice inoubliable.

Elle a été une Séraphine à la mesure de L’Art brut qu’elle pratiquait, elle a marqué aussi par ses rôles dans L’Envol  ou Cléo ou Rebelles ou I feel Good  parmi tant d’autres. Et cette personnalité hors norme est très engagée dans la question des migrants à Calais.

Ce troisième long métrage qu’elle réalise pourrait être qualifié de slow cinema (d’autres exemples récents : MemoriaPacifiction ) mais le charme des personnages, les petites choses qui ponctuent ces quelques mois passés dans une maison délaissée donnent au récit une saveur incomparable.

Au premier degré, le film peut se regarder comme une aventure un peu loufoque, celle d’une femme au passé compliqué qui réintègre son biotope de jeune fille : la maison, la famille, ce coin délicieux en bord de Meuse française. Elle travaille et traficote à Charleville, lieu de naissance d’un poète que l’on aperçoit sur une photo affichée dans la maison. Elle noue des amitiés avec des personnages singuliers. Et Grégory Gadebois comme William Sheller sont exceptionnels !

Mais le sujet du film est ailleurs, c’est la recherche du mensonge consolateur, l’usurpation comme moyen de fuite, des tricheurs de tous âges pour le dire de façon prosaïque.

Ce qui est amusant aussi, c’est l’utilisation de citations dont les beautés sont perçues ici comme des moyens de dissimuler, de faire semblant, de donner le change et du rêve. Un film sur les faussaires de la peinture, de l’âme, du mariage, qui n’ont d’autres moyens de fuir les réalités de la vie que la poésie et de s’embarquer dans un voyage incertain sur une péniche où l’on ne craint pas que survienne la fiancée du pirate. Un grand coup de chapeau à la modiste qui coiffe ce personnage avec panache !

Francis de Laveleye

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