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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Coupez ! de Michel Hazanavicius 

Même en mille morceaux, c’est immangeable. Pourtant l’auteur, producteur, réalisateur est un talent très reconnu : 2 OSS 117, The Artiste, Le Redoutable,  et il fait parfois l’acteur, par exemple, le photographe de mode dans Incroyable mais vrais . Bref, un cinéaste aux ressources innombrables, cinéphile et mari de la merveilleuse comédienne Bérénice Béjo qui, une fois encore, mouille son maillot dans ce film-ci.

La promesse de ce film est la très virtuose maîtrise d’un plan séquence (ininterrompu) d’une longueur vertigineuse, suivi du récit de la façon dont ce plan est mis en scène. Beau défit ! Mais abject spectacle, sauf pour les fanas du cinéma gore, de zombie, d’horreur de carnaval. Certains rient, se délectent de ce genre qui oscille entre le caca-pipi et la connerie éculée des gens qui se font peur en imaginant des revenant assoiffés de sang.

Tout cela baigne dans une marmite de références pour gourmets du déchet, dont la sorcière chef de cuisine est une japonaise assez bien typée je dois le reconnaître. Ce qui est justifié par le fait que le film est un remake d’un film nippon dans lequel déjà cette actrice assumait le même rôle. Le genre du film est dit Comédie horrifique. 

Ne prenez pas mon dégoût, ma déception, pour une vérité révélée. Prenez le risque de voir ce film, il est extraordinaire et certain s’en délectent. Bon appétit.

Mothering Sunday de Eva Husson 

Un joyau, une rare et pure merveille, un moment de cinéma qui allie toutes les qualités de cet art qui rassemble tous les autres et, qu’une fois de plus, il est bon d’aller voir sans rien savoir de l’œuvre à découvrir. L’histoire est inspirée d’un roman éponyme de Graham Swift. Je devrais m’arrêter là. Mais je ne résiste pas à souligner la parfaite qualité du casting, bien entendu Colin Firth La Ruse, Supernova, Le Discours d’un roi, qui est d’une sobriété très british, son épouse dans le film, Olivia Colman The Lost Daughter,  The Father, The Favourite est aussi d’une intensité bouleversante, sans la moindre exubérance et la très ravissante Odessa Young, australienne, qui compte déjà 12 long-métrages et que l’on reverra certainement, mais la surprise sublime c’est Glenda Jackson qui clôture le film avec une élégance parfaite, tant pour ce qui est de la structure du scénario que de sa prestation magnifique.

Le récit est complexe car avec des temporalités qui s’entremêlent, de façon subtile, avec des sous-entendus qu’il ne faut pas laisser passer car la compréhension de l’histoire se construit comme un jeu de mikado, chaque chose est en contact avec une autre, dans une sorte de désordre qui n’est qu’apparent.

Un féminisme discret mais déterminé sous-tend le portrait du personnage central, une jeune soubrette, orpheline qui évoluera significativement, vous le découvrirez, et vous apprécierez l’usage des cheveux dont la longueur est un signe qui en dit long sur la prise en main par le personnage de son autonomie. Une fois encore la réalisatrice épice ses histoires avec ces réflexions très contemporaines sur la place faite aux femmes. Le titre déjà « La Fête des mères » induit quelque chose de passablement interpelant.

Il faut écouter le film autant que le voir tant la musique de Morgan Kibby, partenaire déjà dans Bang Gang, est subtilement adaptée au ton, aux ambiances et à la délicatesse des séquences avec lesquelles elle entre en dialogue.

La réalisatrice française a déjà brillé avec Bang Gang, Les Filles du soleil et confirme une maîtrise exceptionnelle du récit, de la mise en forme et de la direction d’acteur qui font de ce film une réussite parfaite d’une grande richesse de thèmes de réflexion.

Francis de Laveleye

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