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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Licorice Pizza  de Paul Thomas Anderson 

De l’acné à l’acmé. Si vous êtes de ceux qui, comme moi, allez au cinéma dans la plus totale ignorance de l’histoire à découvrir, vous penserez sans doute à cause du titre, que ce film est italien. C’est le nom d’un magasin de disque de la Fernando Valley, Pizza à la réglisse, peu appétissant pour ceux qui préfèrent le goût Hawaï… Eh bien pas du tout, c’est du cinéma américain plein de références et qui évoque une époque, les années 70, pleine de nostalgie, celle des grosses bagnoles, d’une jeunesse qui ne sait encore rien de la marijuana, qui a des ambitions d’entrepreneurs audacieux, pour qui la valeur n’attend pas le nombre des années et qui se donnent encore du mal pour séduire des filles qui ne s’estiment pas obligées de se coucher au premier rencard.

Ça part dans tous les sens et il y a des moments très réussis, d’une rare drôlerie, celle qu’inspirent des situations improbables, souvent bien amenées, les rencontres et les personnages que l’on croise sans y croire vraiment, mais qui marquent cette quête, ce désir de se rapprocher de deux êtres que rien ne devrait réunir.

Le réalisateur est une personnalité majeure du cinéma américain dont le caractère difficile et le talent sont reconnus e.a. pour ses films chorals, comme celui-ci. J’avais commenté déjà Phatom Thread et l’un des traits de cet artiste est certainement le goût pour les décennies plus anciennes. Dans ce récent film, les années 70 me semblent parfaitement restituées et méritent d’attirer le public rien que pour le plaisir de cette vivacité, de ces personnalités, de ces histoires qui s’entrecroisent et qui, si elles ne sont pas glamour (quel délice pour une fois) ne manquent pas de charmes. Le personnage féminin mérite un petit commentaire car Alana Haim est l’une des trois sœurs qui forment un groupe musical reconnu dont le réalisateur avait tourné les clips. Ici, elle se lance avec talent dans une toute autre aventure et elle est soutenue par ses deux sœurs et leurs parents, pour une scène de repas qui est très réussie et amusante. Vous apprécierez au début de l’histoire, les séquences en lien avec le recrutement de jeunes talents pour les shows télévisés. Sean Penn participe à une séquence improbable très amusante aussi. Et il y a de nombreuses séquences qui, dans une sorte de désordre apparent, créent une ambiance et un récit d’une personnalité très singulière, joyeuse et bien enlevée, même lors d’une arrestation arbitraire qui permet le rappel allusif de l’affaire Manson. 

The Tragedy of Mac Beth de Joel Coen 

Une tragédie, en effet, difficile à supporter. Shakespeare est mis à rude épreuve dans ce film forcément bavard, qui est tourné en noir et blanc dans un format étriqué, avec des décors expressionnistes façon M Le Maudit et un jeu d’acteur à la Dreyer. Rien de bien engageant dans tout cela et l’on se demande pourquoi se lancer dans une telle œuvre qui évoque le corset à baleines et le col amidonné à coins cassés, là où l’on espère un peu de fluidité, de surprise.

Le frère Coen joue solo cette fois, mais avec son épouse, admirée dans Nomadland entre tant d’autres, Frances McDormand dans le rôle de Lady Macbeth qui n’est pas convaincante alors que Denzel Washington ne manque pas de mérites, déguisé comme tous les autres, de façon assez ridicule, avec une sorte de Paco Rabanne qui se serait fourni en cuirs de chez Hermès. Une mention admirative pour la scène de la pythie et son triple reflet dans le miroir d’eau. Une production spectaculaire mais manquant terriblement d’humanité, de sens du drame shakespearien. Un film pour spécialistes.

 

Francis de Laveleye

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