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Palme D’Or à Cannes Review Titane

De Julia Ducounau

Une Palme à l’huile de vidange. Celles et ceux qui ont eu la curiosité de voir le premier film de cette réalisatrice, Raw, ne seront pas étonnés et si cette première œuvre leur avait plu, celle-ci ne décevra pas. C’est même une sûre en chair remarquable. L’obsession de cette dame est le corps humain, féminin surtout et elle s’en empare de façon extravagante, provocante, choquante, cruelle, invraisemblable.

Alors parlons-en d’abord en bien pour souligner l’audace picturale de la photographie du belge Ruben Impens très remarquée dans les films de Félix Van Groeningen e.a., et le talent exceptionnel de la réalisatrice à montrer la perversion de la pensée sous de multiples formes. Cela commence fort par un salon de l’auto porno soft qui serait sympathique s’il visait simplement à vilipender la marchandisation du corps féminin.

Et l’on serait presque tenté par la sympathie vis-à-vis de cette femme dont le pré-générique nous explique le destin singulier, avec déjà gros plan sur champs opératoire sanguinolent. Ensuite on doit subir e.a. une scène de copulation entre une grosse voiture et cette femme qui s’en trouve enceinte. Va-t-elle accoucher d’un petit Renaud ou d’une petite Mercedes ? Nous sommes alors embarqués dans un parcours tumultueux imprégné de transsexualité, de sadomasochisme, de complexe d’Œdipe, bref la totale avec un grand renfort d’images gores et hyper provocantes. Les sapeurs-pompiers sont investis d’une fonction fantasmatique généralement réservée aux femmes, genre majorettes, soubrettes ou infirmières.

Il faut aimer cela, et soyez prêt à tout : rien ne vous sera épargné. Si Vincent London fait une prestation complètement atypique, un peu comme un berger malinois parmi les autruches. En pompier urgentiste, il nous vaut quelques interventions savoureuses.  Il faut reconnaître à la comédienne (comme à son staff de coiffure, maquillage et effets spéciaux) de rares mérites car la performance est incroyable.  Mais le film pêche par un manque immense : il n’y a pas d’histoire, pas d’enjeu, pas d’antagonisme, bref, les ressorts habituels d’un scénario n’ont pas été travaillés, obsédée qu’a été la scénariste réalisatrice par les ” moments ” qui, à un rythme très soutenu, visent à montrer l’immontrable. Un mot sur la bande sonore qui est abominable pour des oreilles peu habituées aux boites de nuit. Le compositeur Jim Williams nous avait cassé les tympans déjà dans Raw. Et comme très souvent dans les films français, la moitié des dialogues est tellement mal mixée qu’on ne les comprend pas. Est-ce grave pour ce que ces gens ont à se dire ? Ce film est co-produit par la Belgique et la légitimité du Tax Shelter n’appelle pas de commentaire me semble-t-il.

Chacun s’accorde pour qualifier ce film ” de genre “, une manière de le reléguer dans cette case un peu dédaignée. Mais c’est amusant car ici le mot genre prend un double sens, ce qui est bien le moins lorsque l’on parle de bi ou de transsexualité.

Francis de Laveleye

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