Film à voir absolument. Car il présente 3 qualités très rarement gérées à un tel niveau avec une aussi belle maîtrise.
Raconter de façon palpitante des faits historiques qui, certes, remontent à plus de 40 ans (juillet 1976), mais qui ont marqué les mémoires de façon essentielle.
Donner à ces événements une dimension qui les dépasse, celle de la responsabilité politique, de la place des hommes de pouvoir dans un processus qu’ils ne peuvent seuls, maîtriser.
Oser une construction dans laquelle s’insèrent différents niveaux de langage cinématographique, allant des archives d’époque, aux scènes de vie privée (ne ratez pas la conversation au téléphone depuis un appareil public), avec le recours à la métaphore symbolique d’une chorégraphie fascinante, le tout dans ce que l’on pourrait qualifier de ” film choral “.
3 films déjà se sont inspirés de cette épopée. Il devrait être intéressant de les analyser tous les 4, par comparaison.
Puisqu’il n’y a pas grand risque de ” spoiler “, parlons d’abord du détournement de l’avion par des orphelins de la Rode ArmeeFraction à la dérive. Sorte de descendants de Lénine, Trotski, Staline, Mao et Pol-Pot en mal d’idéologies révolutionnaires rédemptrices qui ne débouchent que sur des boucheries. Les personnages sont bien cernés, leurs propos suffisamment développés dans des dialogues brefs, riches et très charpentés. Leurs parcours sont montrés en flash back, seule transgression de la narration linéaire qu’impose l’idée du récit de ces 7 journées.
La façon dont leur audacieuse action de pirate de l’air est récupérée par d’autres (FPLP, le Front populaire de Libération de la Palestine), inspirés par cette idée mal fondée que contre l’État d’Israël il est possible de lutter par les armes, ce versant du récit est aussi très bien montré dans sa diversité, sa passion messianique et sa folie destructrice.
Nous sommes, pour une fois, et grâce au recul que permet l’Histoire, au cœur palpitant du mécanisme des décideurs israéliens : élus et militaires. Shimon Perez (à la défense) et Yitzhak Rabbin (premier ministre) me semblent remarquablement campés, et leurs antagonismes, aussi murmurés que irréductibles, sont proposés pour que le public comprenne que là, ces événements ont été un basculement historique. On ne négocie jamais avec les preneurs d’otages. Certes. La détermination à sauver ses nationaux, où qu’ils soient et quelques soient les circonstances, est exprimée avec autant de nuance, de paradoxe et d’efficacité qu’il convient.
Inutile de préciser que le point Goldwin est présent en de nombreuses séquences du récit. D’une façon qui oblige à se poser sérieusement la question que soulève l’instrumentalisation de l’histoire pour justifier ses actions les plus désespérées et dépourvues de la moindre chance de réussite. Idi Amin Dada est ressuscité dans nos mémoires, sans excès de ridicule pour ne pas tomber dans la caricature.
Beaucoup de choses pourraient être dites sur le versant historique du film ; car il est passionnant. Si cette production anglaise réalisée par un brésilien est évidemment ” politiquement correcte ” elle n’est pas hagiographique et par maints aspects, elle laisse place à la confrontation des points de vue. Et je voudrais souligner la force admirable des images de chorégraphies à découvrir qui accompagnent le récit et, au moment de l’assaut, lui donne une puissance émotionnelle exceptionnelle (aidée par un léger ralenti des images de combat…)
Gregory Burke, le scénariste, mérite d’être salué pour un travail d’une richesse et d’une complexité très maitrisée. Comme les décorateurs qui ont reconstitué une époque sans téléphone portable et pratiquement sans ordinateur. La musique de Rodrigo Amarante m’a semblé très adéquate.