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Deuxième partie de notre entretien avec Marion Hänsel

Voici la deuxième partie de notre entretien avec la réalisatrice Marion Hänsel.

 

  • Vous avez été actrice avant de devenir réalisatrice. Cette expérience vous a-t-elle aidée en passant de l’autre côté de la caméra ?

Oui, surtout au début. Mais c’est  l’observation, notamment lors de mon expérience à L’Actor’s Studio, qui m’a appris comment parler à un comédien et surtout comment le « décoincer » !

C’est là que j’ai appris à pousser un comédien ou à le retenir. Jane Birkin (que j’ai dirigé dans « Dust ») voulait à tout prix souffrir pour exprimer les tourments de son personnage ! Moi, je n’aime pas les comédiens qui souffrent ! Chaque fois qu’elle voulait aller plus loin dans la souffrance, je la retenais : « Mais non, Jane, j’ai ce qu’il me faut ! Inutile de refaire la prise ! » Mais elle me répondait : «  Attends ! Je veux courir pieds nues dans la caillasse. » À quoi je lui répondais : «  Arrête ! Tu vas te faire horriblement mal aux pieds ! »

  • Pour diriger les acteurs, la psychologie, ça aide ?

Oui mais ça dépend du comédien. Avec l’un il faut être plus dirigiste, avec l’autre, pas du tout.

Pendant un tournage, tant que je ne dis rien c’est que c’est bien !  Marilyne Canto, qui n’avait jamais travaillé avec moi et qui est une formidable actrice, était toute désarçonnée, n’étant pas habituée à ma manière de tourner. C’est grâce à Olivier Gourmet, son partenaire dans « La tendresse » que j’ai appris qu’elle était mal à l’aise du fait que je ne commentais pas son jeu. Et pour cause, je le trouvais excellent ! Alors, je suis allée dîner avec elle pour la rassurer pour lui dire comme j’aimais sa prestation.

  • Pourquoi être devenue metteuse en scène. Vous n’étiez pas satisfaite de votre travail de comédienne ?

Je pense que je n’étais pas une très bonne actrice sauf au théâtre et à condition de travailler avec de très bons metteurs en scène ! Je n’en ai pas connu de ce format en Belgique à l’époque. C’est avec un grand metteur en scène hollandais que j’ai compris qu’il m’était possible de jouer. Je suis ensuite partie à Paris, où j’ai joué dans des téléfilms et quelques petits rôles dans des films. J’attendais à côté du téléphone qu’on veuille bien m’appeler. C’était très frustrant. Un metteur en scène m’a suggéré de me mettre à écrire. Il avait raison. Ma vie était vide. Je ne faisais rien d’intéressant, je donnais des cours de langues et je n’étais pas heureuse. Je me suis lancée dans l’écriture d’un court-métrage. Puis, j’ai voulu m’inscrire à l’INSAS, qui m’a refusée car je n’avais pas mon diplôme de secondaire – j’avais quitté l’école à 16 ans. Alors, j’ai décidé de me lancer dans la réalisation, sans passer par une école. J’allais apprendre sur le tas mais en m’entourant des meilleurs techniciens. La meilleure monteuse Susie Rosberg, les meilleurs chefs opérateurs. Tous très jeunes. Henri Morelle qui est le meilleur ingénieur du son en Belgique et en France. Il a travaillé sur tous mes films !

Ce sont eux qui m’ont aidée. Car, il faut l’avouer, je ne connaissais pas grand-chose au métier de réalisateur ! Je savais qu’il existait le super 8, car mon papa avait une caméra, je connaissais le 16 mm vaguement. J’ai fait mon petit découpage et mes dessins et comme c’était un film sur la hauteur (« Équilibre ») où je racontais l’histoire d’une pré-ado qui ne voulait pas grandir et qui voulait rester dans ses rêves, j’avais fait tout mon découpage verticalement. Lorsque j’ai montré mon découpage à mon ami metteur en scène, il s’est écrié : « Marion tu es déjà allée au cinéma ? L’écran est comment ? » Je lui ai répondu « Horizontal ». Alors, il m’a demandé : « Pourquoi alors l’avoir  fait verticalement ? ». J’étais affolée devant ma propre naïveté.

  • Comme acteur ou actrice, on n’apprend donc pas comment fonctionne le cinéma ?

Pas du tout ! Comme réalisateur, il faut apprendre à gérer les comédiens. Je me rappelle d’un acteur français qui disait qu’il ne savait pas entrer par une porte avec un bouquet de fleurs et faire ceci et cela ensuite. Je lui ai pris le bouquet et je lui ai montré comment interpréter la scène. Si tu es capable de la jouer parce que tu as été actrice, le comédien est rassuré et il le fait.  Parfois, donc être passé de l’autre côté de la caméra,  ça aide.

  • Voilà  40 ans que vous vivez dans le cinéma. Comment voyez-vous l’évolution du cinéma belge ?

Avec peu d’optimisme pour le cinéma d’auteur. Il est de plus en plus difficile de trouver le financement pour produire un film. La concurrence est rude, de grands talents sortent des écoles de cinéma mais il n’y a pas assez d’argent pour tout le monde. Le coût d’un film n’a cessé d’augmenter. Le Tax Shelter a été bienvenu. Mais pour lever des fonds par le biais du Tax Shelter, il faut dépenser en Belgique. D’où la difficulté de tourner dans d’autres pays, d’autres paysages. Jusqu’il y a 5-6 ans, les co-productions avec la France se montaient sans difficultés, d’autant que le cahier des charges de Canal + obligeait la chaîne cryptée à investir dans des films européens. Maintenant, Canal + a fermé les robinets pour les films d’auteurs. La RTBF investissait aussi plus qu’aujourd’hui dans ce type de cinéma. Enfin, il y a moins de spectateurs et les distributeurs n’offrent des à-valoir que pour des films plus commerciaux.

  • Quels sont vos projets futurs ?

Man’s Films (La société de production de Marion Hänsel) produit pas mal de films. Pas seulement les miens. Nous venons de terminer la production de deux documentaires. L’un passe sur la RTBF 3 le 27 décembre, « Simone Sans Peur » . Et l’autre, « Chaplin in Bali » est un film d’archives qui relate un épisode de la vie de Chaplin en Indonésie au début des années trente. Un Chaplin dépressif à l’arrivée du cinéma parlant parti faire un tour d’Asie avec son frère et se ressourcer à Bali, en découvrant toute la gestuelle des spectacles indonésiens. C’est un très beau documentaire avec une vraie participation belge. Le montage a été entièrement fait en Belgique. Le réalisateur est un Français qui habite à Singapour, un spécialiste du cinéma d’archives. J’aime de plus en plus produire des documentaires

Notre société essaye de monter un film avec deux réalisatrices belges. Le film devrait être tourné au Sénégal et en Islande. On a dû reporter le tournage car on a du mal à boucler le budget. Mais je mets beaucoup d’espoir dans ce type de cinéma.

  • Vous avez envie de réaliser un documentaire ?

Non, je me sentirais trop  intrusive devant des sentiments exprimés par des gens, devant leurs vraies émotions.

Je suis en train d’écrire un film dans la veine de « Nuages », un objet cinématographique non identifié, très autographique, et pour lequel j’utiliserai des archives. Le film commencerait dans le port de Marseille puis d’Anvers, avec une voix off. Des images de mon enfance. Je devrais retourner sur les lieux filmer mais sans comédiens. Ce serait un essai poétique. Mais je ne sais encore si je vais y arriver. J’y pense de puis 1 ou 2 ans.

On l’attend avec impatience! Merci beaucoup pour cet entretien et vos propos si personnels.

Stanley Berenboom

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