Un film qui vous emmène à Brindisi, dans les Pouilles, ne peut être tout à fait mauvais. Et quand c’est Jean-Pierre Bacri qui mène la danse, la fête est totale. Là, je vous balade car ce film français n’a rien de balnéaire au fond et le paysage que traverse le héros est la France profonde, affreuse avec ses centres commerciaux, ses ronds-points qui ne mènent nulle part et ses restoroutes bas de gamme.
Si cette intro vous laisse penser que le film n’est pas recommandable, détrompez-vous, chers lecteurs. Dans son genre, c’est un petit chef d’œuvre français d’humour british (adapté d’un roman de Jonathan Coe).
L’histoire (je sais, on dit le pitsch), c’est celle d’un représentant de commerce dépressif qui va d’échec en échec : sa femme l’a quitté, sa fille l’ignore et il a perdu son boulot avant d’en décrocher un nouveau, inespéré, vendeur de brosse à dents bio en poils de sanglier ! Et en avant sur les routes !
Si ce n’était pas Bacri qui interprétait cet improbable road movie, le film aurait versé dans le fossé depuis longtemps. Mais ici, l’acteur est absolument génial. Et les seconds rôles magnifiques. On y croit du début à la fin. Et on aime ces personnages coincés dans une vie de chien. Les filles sont solaires et les mecs ambigus et craquants. On va de surprise en surprise alors qu’on a l’air de flotter sur des départementales françaises, perdus dans la brume, la pluie et la neige. Bizarre, on ne s’ennuie pas une seconde et, malgré les fêlures des personnages, on rit beaucoup.
Pour les pervers cinéphiles, essayez de découvrir Jonathan Coe himself dans une scène et Venantino Venantini (le dernier survivant de la bande mythique des Tontons Flingueurs) dans une autre jolie séquence.
Dernier cadeau : on n’est pas fan de Vincent Delerme mais sa musique originale composée pour le film tient la route et c’est peu dire.