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Critique de BIFFF: Gaua – Les Montagnes basques

de Paul Urkijo Alijo

Après plusieurs courts métrages, ce réalisateur basque s’est rendu célèbre avec Errementari et Irati, deux films historiques, inspirés par le fantastique et l’histoire, celle des légendes et de l’effroi.

Le titre ici est un mot basque, Gau, nuit, suivi du « a » qui est, en quelque sorte, l’équivalent d’un article. Le film est tronçonné en 4 chapitres : 1) Gaueko qui reprend le préfixe Gau et le suffixe qui indique « relatif à », il faut donc comprendre Nocturne. 2) Inguma désigne un esprit ou démon nocturne évoqué pour expliquer les cauchemars ou les nuits angoissantes. 3) Mateo Txistu. C’est le prénom d’un des personnage, et le txistu est une sorte de flûte très utilisée dans la musique folklorique basque, notamment pour accompagner des danses et des fêtes traditionnelles. Et 4) Akelarrea composé des deux mots « bouc et prairie » et qui veut dire le sabbat des sorcières.

Voici donc balisé ce récit qui est superbement filmé, avec des acteurs très expressifs, habillés de façon très créative, évoluant dans des décors intérieurs d’une grande richesse, éclairés à la bougie essentiellement.

Un prologue sinistre nous prévient en voix off que défier la nuit c’est prendre de grands risques. Ce que ne manquera pas de faire notre héroïne Kattalin, pour fuir son mari, Pello, méchant, boiteux, qu’elle tente d’empoisonner. Cette première scène est d’une grande beauté formelle, inspirée des intérieurs populaires flamand du XVIIe à la manière de Jordaens ou Rubens.

Dans sa fuite éperdue, Kattalin a des fantasmes d’animaux monstrueux. Puis elle rencontre trois lavandières, commères patentées, qui vont l’interroger, puis l’initier à leurs mystères.

Le lavoir public semble être le seul lieu où puisse se libérer la parole très contrôlée par le pouvoir ecclésiastique. C’est donc l’endroit où s’échangent tous les cancans, ces bavardages malveillants accompagnés souvent de gesticulations.

Le deuxième chapitre va nous faire partager la souffrance d’une jeune sorcière que le prêtre Mateo tante d’exorciser. Le coq qui tuera la jeune femme sera immolé.

Le troisième chapitre est celui de l’enterrement et de la flagellation que s’inflige Mateo.

Le prêtre est armé et lorsqu’il déambule dans les bois, il assiste à une charmante scène saphique. La messe des funérailles va tourner au fiasco. Et le quatrième chapitre nous amène au monastère des Prémontrés à Urdazubi (en espagnol, Urdax) où de nombreuses folies sadiques et sexuelles vont se dérouler de façon festive jusqu’à l’apparition d’un monstre qui va ramener paix et sérénité entre ces personnes enfin libres de jouir de leur corps.

La complexité de ce qui nourrit ce récit est significativement augmentée par l’usage de la langue basque et des prénoms des nombreux personnages. Mais si l’on aime visualiser des rêves hallucinés, il y a matière à se réjouir avant que le jour ne se lève.

Francis de Laveleye

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