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Le billet d’humeur de Francis

The Last Showgirl

Gia Coppola

N’hésitez pas à venir lui dire « bye bye ». Pamela Anderson, une très grande actrice, doit affronter deux épreuves : se voir écarter d’un métier qu’elle fait encore avec passion, renouer avec sa fille qu’elle a un peu négligée à cause de sa vie de danseuse de charme à Las Vegas. Cette fille est interprétée par la petite-fille de Debbie Reynolds, on reste dans le milieu !

Tout le monde fera le lien thématique avec Substance bien que le traitement de ce sujet très sensible soit sans commune mesure entre ces deux films.

La façon de filmer exprime spectaculairement ce moment de frénésie et d’anxiété des dames qui se font reléguer parce que le temps les disqualifie pour ce qu’elle font pourtant avec plaisir et talent. Et qui, incidemment, est leur gagne-pain.

Tournées durant 18 jours seulement, en Panavision sur pellicule 16m/m, les images dès la première séquence sont d’une fébrilité fascinante et les cadres d’une volatilité qui transmet bien ce tourbillon émotionnel que nous allons partager entre des moments liés à ce métier, surtout en loge et dans les coulisses, les plages de détentes, de dialogues lors de repas, et quelques tête-à-tête qui sont très chargés émotionnellement.

Il y a dans ce film un dynamisme qui rend très touchante cette période de transition dans une vie singulière. Le côté parfois brouillon du récit ajoute, me semble-t-il, à ce moment de remise en perspective de toute une vie qu’il va falloir réinventer sans show off.

 

Vermiglio ou La Mariée des montagnes

Maura Delpero

 

Sublime. Le titre désigne un village de haute montagne dans le Trentin, le Haut-Adige ou le Sud-Tyrol, selon que l’on se sente italien ou germain ! La capitale en est Bolzano et ce village qui vit encore comme au début du XXe siècle subit de façon indirecte la fin de la seconde guerre en donnant refuge à un soldat. Déserteur ? Nous n’en saurons pas grand-chose.

Tout l’intérêt du film est centré sur la dynamique collective de cette communauté vivant à l’écart, celle de la vie de la famille d’un instituteur « à l’ancienne » et de son abondante descendance. Un film « systémique » pourrait-on dire tant les interactions entre les personnages sont nombreuses et toujours subtilement retenues. Le silence est encore le mode d’expression le plus loquace dans ce microcosme filmé un peu comme un documentaire, de façon superbe, d’abord sous une neige qui embellit tout. Et qui met à l’épreuve cette population d’une rusticité âpre.

Mais les saisons se suivent et les relations évoluent entre tous ces êtres à la fois confinés et solidaires.

De nombreux détails sont à découvrir qui évoquent la sexualité des jeunes filles, le machisme des très jeunes garçons, les privilèges et les servitudes de certains.

Le film est clairement inspiré par la sensibilité de la réalisatrice qui à la fois évoque sa famille vue à travers le prisme d’aujourd’hui, et ce qu’était la condition de la femme à l’époque, confinée entre couches et cuisines.

Les cris de nourrissons débutent et clôturent le film, comme Les Quatre saisons de Vivaldi en marquent le chapitrage.

Malgré son style volontairement contemplatif (et les grands maîtres de la peinture ont inspiré l’image) il y a une tension émotionnelle qui va croissante, toute en chuchotements, en cachoteries, et l’empathie pour ces personnes nous laisse profondément émus.

Car l’histoire dévoile des éléments très forts à découvrir si vous payez votre place de cinéma ; vous en serez ravis.

Francis de Laveleye

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