Ferrari Michael Mann
Un triste mais intéressant exemple d’une embardée scénaristique et d’une sortie de route cinématographique.
L’histoire commence en 1957 lorsqu’Enzo, le commendatore, doit faire face à de grosses difficultés financières : il ne vend pas assez de voiture pour entretenir son écurie de course automobile.
Il est gravement en conflit avec son épouse qui détient certains leviers économiques de l’entreprise, mais qui surtout ne s’est pas remis du chagrin de la mort de leur fils.
Nous découvrirons par ailleurs qu’Enzo est père d’un jeune garçon né de la liaison avec une dame dont il partage toujours le quotidien.
Et malheureusement toutes ces histoires s’entremêlent maladroitement, allant du mélodrame, à la surenchère des égos, de la course automobile aux amourettes fleur-bleue dans une confusion narrative qui est la cause sans doute de longueurs, de mollesses dans le récit.
Il est pourtant fastueusement mis en scène, avec deux acteurs principaux remarquables, Adam Driver (le bien nommé) et Pénélope Cruz toujours remarquable. Mais tous les dialogues sont en anglais dans un pays de tifosi. C’est aussi maladroit et agaçant que de faire incarner Napoléon par un acteur américain.
Le réalisateur en est à son 15e long métrage et il a été très actif dans la production, à la télévision avec des succès et des échecs très contrastés.
La séduction de pouvoir redonner vie à cette course mythique souvent gagnée par Ferrari mais arrêtée suite à l’accident terrible montré dans le film, aurait dû permettre un morceau de bravoure cinématographique. Hélas, la mise en scène de cette épopée durant laquelle les grandes marques, BMW, Mercedes, Alfa Romeo ont essayé de rivaliser avec la marque au cheval cabré, m’a semblé un peu poussive. La course dure 24 heures nécessaires à parcourir la distance Brescia-Rome aller-retour. Les effets techniques de prise de vue (caméras embarquées, drones, …) ne suffisent pas à donner à ces séquences la dynamique que l’on en espérait.
Rien dans le film ne fait monter la tension, les rivalités durant la course sont édulcorées, et pour les amateurs de mécanique de haut luxe, pas une image de préparation, rien qui nous fait entrer dans la magie de ces voitures d’exception. Déception là encore, adoucie par quelques très belles images et des moments d’acteurs qui émeuvent.
Bob Marley: One Love de Reinaldo Marcus Green
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Ce n’est pas seulement la toison qui m’inspire ce rapprochement, mais le récit du film est un peu ce voyage depuis la Jamaïque en 1976 vers laquelle l’artiste reviendra après une tournée américaine, européenne, Londres puis Paris en 1977 pour retrouver les siens et sa nombreuse famille, dans un pays apaisé.
Sa carrière débute en 1962, elle connaîtra des développements d’une rare et complexe difficulté avant le succès mondial. Bob Marley décèdera prématurément d’un cancer en 1981.
Son pays est indépendant de la Grande Bretagne depuis 1962 et sa renommée mondiale repose essentiellement sur Usain Bolt et le reggae que Bob Marley a rendu universellement célèbre grâce à son talent, son engagement pour la paix, son opposition à la violence extrême qui règne et sa consommation phénoménale de hachich.
Plusieurs fois dans le film il est fait mention du mouvement rastafari qui est une branche du christianisme qui ne reconnaît en aucun cas Jésus comme le Messie. C’est le Rastafari Makonnen, Hailé Sélassié Ier, l’empereur d’Éthiopie, qui est le « Jah », abréviation de Jéhovah.
Le mouvement rastafari est considéré comme une religion mais les rastafariens, appelés rastas, le conçoivent comme un mode de vie et une manière de représenter le monde depuis sa création. Ces références éclairent nombres d’allusions et relations évoquées durant le film.
Le début de la carrière n’est pas développé dans ce scénario. Nous découvrons un homme au talent reconnu, qui va faire l’objet d’une tentative d’assassinat à l’époque de la plus violente opposition entre le Jamaica Labour Party et le People’s National Party. Il est accompagné sur scène e.a. par The I-Threes, 3 chanteuses parmi lesquelles Rita, l’épouse de Bob et autrice d’une biographie No Woman, No Cry : My Life with Bob Marley. Vie commune qui ne fut pas des plus simples comme le montre le film dont on comprend mieux le titre One Love, inscrit au fronton de la maison natale de Bob Marley et qui est aussi le titre du chant religieux One love – People Get Ready. Et celui du concert One Love Peace Concert le 22 avril 1978 lors duquel Marley rapproche les deux ennemis politiques de l’île.
Plusieurs flash backs évoquent la jeunesse et les épreuves de ce jeune garçon « noir pâle » et donc malmené entre les racistes blancs et noirs.
Le 3 décembre 1976, moment où le film commence, un attentat dont le but est d’empêcher le concert gratuit Smile Jamaica, blesse Bob, son épouse Rita et son manager Don Taylor.
Ce ne sont donc que les quelques années qui suivent qui sont évoquées, les plus créatives peut-être.
Le casting fait oublier que ce sont des acteurs, tout comme la façon de filmer très « reportage » fait oublier la mise en scène. La photographie m’a semblé d’une qualité magnifique qui contribue à restituer cette époque. Et si l’on entend beaucoup de musique et de chants, il faut déplorer que les textes de ceux-ci ne sont pas sous-titrés car il y a là une grande perte de sens, d’intérêt, par rapport à ce que cet homme a incarné comme leader social, idéologique et artistique.
C’est ce qui fait l’intérêt de ce film, refléter la multiplicité d’une vie incomparable.