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Les premiers films de 2024

Un silence de Joachim Lafosse

 

Un film qui fera du bruit ! Car comme tous les sujets abordés par ce cinéaste belge de premier plan, Lafosse septique, il s’agit d’un sujet social pénible, ici la pédopornographie et la pédophilie. Hélas, nous sommes en pleine actualité, celle de l’église qui en tremble, ou de la police française qui, en partie grâce au travail de Team Moore, ces chasseurs sur les réseaux sociaux, qui ne cessent de localiser ces prédateurs criminels d’exploitants d’images infames et tentent de faire sanctionner.

L’histoire du film commence bien : monsieur est un avocat très en vue ; son épouse gère la confortable vie de famille, le fils cadet est un peu Tangy, la fille ainée a déjà fondé son foyer.

Nous devinons par des allusions très soulignées, que le travail qui occupe ce ténor du barreau est inspiré de l’affaire Dutroux, et plus spécifiquement de celle d’un des avocats chargés de la défense des victimes, Victor Hissel. Et vous verrez comment se retourne tout ce qui semblait simple, bien ancré. Le scénario est très bien construit, les dialogues appliqués, clairs.

Et ce sont les non-dits qui, encore une fois, seront les éléments les plus importants de l’évolution soudaine et à un moment brutale, de cette histoire.

Une idée très originale est que la victime n’apparait jamais mais elle existe dans les récits, et elle a été aussi meurtrie par la passivité, le silence de l’entourage qui, depuis de longues et douloureuses années, est « passé à autre chose ». Daniel Auteuil est au mieux de sa forme en mentor hargneux et sûr de lui, Emmanuelle Devos est, comme chaque fois, magnifique dans ce rôle de maîtresse femme à talons plat qui assume depuis 25 ans la honte d’un « silence » écrasant. La presse et le monde politique joueront un rôle, peut-être un peu cliché mais bien mis en lumière.

Le grand intérêt du film est la réflexion qu’il suscite sur la justice, parfois défaillante, ce qui provoque la tentation de se faire justice. Et le silence est abordé de multiples façons. C’est taire ce que l’on sait, c’est ignorer la sentence des juges, c’est la cause du vertige lorsqu’il est rompu. Comme quoi, il ne faut pas toujours se taire.

 

Iris et les hommes de Caroline Vignal

Un film de rencontre, léger et amusant. Iris est une sympathique maman, épouse d’un homme très absorbé par son travail et n’ayant plus aucune attention pour la vie intime du couple.

Laure Calamy est un régal à elle toute seule. Sa carrière devient l’une des plus importante dans le cinéma français ; et c’est mérité. Ici elle est dentiste et je vous recommande son assistante, Suzanne de Baecque dont les dents singulières ajoutent à son personnage magnifiquement écrit et interprété, même s’il est « secondaire ».

Cette maman va nous faire une « crise de la quarantaine » côté dame ! Et c’est très bien vu, très drôle. Nous assistons à un défilé de prétendants sélectionnés sur un site de rencontre.

Bonjour l’avalange de textos annoncés par un bruit téléphonique qui devient un gag, à force.

Une séquence de pure fantaisie est dansée en pleine rue, avec une troupe très comédie musicale sur la chanson Il pleut des hommes. Un petit clin d’œil à Un homme et une femme dont la musique s’entend comme l’expression d’un rêve d’autrefois.

Quelques dialogues entre parents et adolescentes donnent l’occasion d’apporter un peu de poids au sujet du film qui est par ailleurs, traité avec légèreté et humour.

Même quand sont évoquées, en présence des « enfants », les questions du polyamour, du consentement, du droit à dire « oui » pour connaître les joies physiques de l’amour.

La question sera de savoir si le couple résistera à cette période de midlive crisis.

Pour le découvrir, allez en salle, vous y passerez un bon moment.

C’est le quatrième film de la réalisatrice qui avait dirigé la même actrice avec succès dans Antoinette dans les Cévennes. Ici nous sommes en plein Paris qui donne ce paradoxale sentiment d’isolement et de solitude.

Francis de Laveleye

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