Tengo Suenos Eléctricos – J’ai des rêves électriques de Valentina Maurel
Tourné au Costa Rica, dans la ville natale de la réalisatrice formée à l’INSAS, ce film « belge » sera difficile à défendre mais il mérite particulièrement de l’être.
L’histoire est simple : les parents divorcés ont deux filles. La cadette, jeunette encore, exprimera ses angoisses de façon touchante. L’ainée, toute jeune adulte, va adopter un comportement aussi provoquant que révélateur de son âge et de ce qui l’habite.
Et c’est particulièrement émouvant car la souffrance de ces deux filles est palpable à chaque plan. Les parents sont loin d’être des modèles mais c’est leur âpreté qui donne aux relations familiales une tension, une force impressionnante, violente parfois.
Un premier film d’une femme autour du coming of age qui en présente plusieurs aspects qui nous amènent à ressentir, à partager ce qui peut pousser des êtres fragiles vers des attitudes qui devraient être pressenties comme sans issues. Mais qui attirent, fascinent comme les envies sexuelles qui envahissent le corp de cette très jeune fille prénommée … Eva !
Ce film me semble très original, par le traitement du sujet, l’absence de musique extradiégétique, par les acteurs inconnus qui sont parfaitement convaincants, par le mélange entre la vie ordinaire et les espoirs de poésie, de vies meilleures et de reconnaissance dans un monde voulu sans violence. Un talent reconnu en festival et qui sans doute rêve de l’être par un vaste public.
Blue Jean de Georgia Oakley
C’est le nom d’une jeune et ravissante professeur de sport qui exerce dans une modeste école de Newcastle (bonjour l’accent !) en 1988. La date est d’importance même si rien dans les images ne souligne que nous sommes transportés un quart de siècle en arrière.
Par de fugitives informations sonores, nous apprenons que c’est l’époque durant laquelle le Gouvernement Thatcher impose la « Clause 28 » dont l’objet est la prohibition de la promotion de l’homosexualité, disposition légale qui ne fut abrogée qu’en 2003. Cet épisode n’est qu’un de ceux absolument consternant de la chasse aux homosexuels en Grande-Bretagne et dont le long récit provoque un mélange de stupeur et d’hilarité.
Les quelques mois que nous partageons avec Jean suffisent à montrer la clandestinité dans laquelle les femmes devaient se retrancher, le risque pour leur vie professionnelle et sociale, et l’immense tristesse engendrée par cet interdit.
L’histoire à laquelle nous assistons est aussi vraisemblable que simple, quasi banale. A découvrir à l’écran.
Mais la façon dont les souffrances, les angoisses, les provocations de toutes natures sont intégrées au récit est pleine de tact et d’empathie. Je soupçonne que le sujet du film est encore, à maints égards, d’une grande actualité et partager l’intimité de ces femmes qui se cachent comme d’autres durent le faire parce que juives ou illégales est certainement un très bel enseignement que ce récit propose. Avec un casting qui nuance magnifiquement les tempéraments qui se croisent dans cet espèce d’underground. Rosy McEwen dans ce quasi premier rôle est éblouissante et nous la reverrons certainement.