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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Falling de Viggo Mortensen 

Un film rare, par maints aspects, même si c’est une nouvelle contribution au thème du vieillissement, tel que vu il y a peu dans The Father par exemple.

Toute la construction du récit repose sur une double temporalité. Celle du fils qui prend en charge un père hargneux, dont l’esprit s’égard. Et la temporalité du récit de la vie de cet homme, de son fils et de leur famille. Ce qui rend le sujet captivant et émouvant, ce n’est pas seulement l’attitude admirable du fils face à l’agressivité du père, c’est la multiplicité et la diversité des petits moments de leurs vies qui sont proposés avec un tact, une justesse qui émeut profondément.

Tout est maîtrisé comme une fresque qu’un horloger aurait mis en mouvement et chaque séquence semble avoir été conçue avec un discernement, une délicatesse et un à propos d’une rare acuité.

Les choses s’enchaînent parfaitement malgré les nombreux retours en arrière qui permettent de comprendre le présent, celui du naufrage d’un vieil homme. Le réalisateur est un surdoué en de nombreuses formes d’expression artistique ; il signe ici sa première réalisation.

En tant qu’acteur, sa carrière est longue et remarquable, rappelons, e.a. son rôle de chauffeur dans Green Book. Le rôle de son père est magistralement interprété par Lance Henriksen qui a déjà une longue carrière, mais rarement pour interpréter des personnages de façon aussi réaliste. Il est éblouissant.

Et je souligne que la musique, très dépouillée, au piano, contribue de façon déterminante aux ambiances si nombreuses et subtiles. Une chute somptueusement décrite et interpellante pour chacun de nous.

 

Kuessipan de Myriam Verreault

Ce titre est intraduisible, vous prendrez connaissance à la fin du film des concepts qu’il rassemble. Mais le film est passionnant. D’abord parce qu’il nous immerge dans une communauté innue du Canada qui est peu représentée au cinéma et que nous allons découvrir et entendre, dans le français local, mais aussi l’inuktitut et le groenlandais qui sont les langues parlées là-bas. Tous les acteurs sont bouleversants de naturel. Et le scénario inspiré d’un récit publié en roman est extrêmement captivant.
Deux très jeunes filles font le serment de ne jamais se quitter. Et nous allons suivre leurs parcours, différents, qui se croisent, s’opposent, se confrontent. Le dépaysement est total. A cause des langues parlées, à cause de la façon de vivre de ces populations du Grand Nord, à cause des événements qui jalonneront ces existences qui ne peuvent être qu’extraordinaires. Vous y découvrirez que l’apprentissage de la culture est, là aussi, un but d’exception. Le sujet aurait pu être polémique, politiquement engagé. Il l’est sans doute, mais de façon allusive, montrant certains aspects de la réalité (alcoolisme, drogue, violence…) sans jamais que le scénario ne se colore de façon tapageuse d’un militantisme réducteur.

La réalisatrice travaille depuis des années dans l’audio-visuel au Canada et elle a préparé de façon très approfondie ce scénario qui est brillant par sa construction et sa richesse. Nous entrons en sympathie aussi avec ces populations du bout du monde qui nous disent beaucoup sur nous-même, sur nos valeurs que l’on croit universelles, sur la sensibilité si contrastée des personnes qui vivent devant nous des événements aussi imprévisibles qu’émouvants. L’évolution de la prise de conscience au Canada du sort réservé à ces populations est particulièrement intéressant pour que ce film soit d’une grande actualité.

Francis de Laveleye

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