Boli Bana de Simon Coulibaly Gillard
Un joli documentaire, ce genre de film qui permet de découvrir ce que aucun voyage, aucun livre ne permettrait de connaître. Le cinéma dans toute sa singularité. Le réalisateur observe, nous montre, de près, la (sur)vie d’un peuple à peine défini – les peuhls, issus du village éponyme – qui entre élevage et tâches quotidiennes, essaye de se nourrir, de perpétuer ses singularités qui parfois nous paraissent les plus barbares. La structure du film est très ” genrée ” comme il faut dire maintenant pour exprimer le fait que les hommes et les femmes constituent deux groupes hétérogènes juxtaposés. Par le choix des images, par le cadre généralement très serré, par les mini événements qui constituent la trame non pas du récit à proprement parler – car il n’y en a pas – mais du long regard porté sur le quotidien de ces gens, le réalisateur nous fait aimer ces destins, témoins d’un monde radicalement différent du nôtre. C’est émouvant, poignant parfois, plein de bienveillance et de tendresse. Très exactement à l’inverse d’une carte postale touristique avec de beaux paysages, de beaux jeunes gens, de beaux vieillards, de très belles femmes. Tous sont là, au cœur du film, mais leur dignité est préservée car ils échappent au voyeurisme ébahi dont le selfie est devenu aujourd’hui la vérole du regard. Et pourtant, sans même qu’on ne puisse comprendre comment ils sont rechargés, des téléphones portables et leurs images, occupent déjà une place centrale dans l’imaginaire de cette jeunesse, voyant là sans doute la première concrétisation d’un ailleurs espéré. Le sujet semble être, sans aucune insistance ou désir de démonstration, le passage vers la vie d’adulte. Des moments significatifs pour le garçon, pour la fille, nous sont montrés de façon très intense, au plus près.
Le film laisse le sentiment que ces femmes et ces hommes sont beaucoup plus proches de nous qu’un premier regard ou l’office des étrangers le laisseraient penser. Voyez les tatouages, par exemple, le rite de mutilation de la circoncision.
Et comme chacun le sait, la production cinématographique au Burkina Faso n’est guère développée. Aussi ce film ne peut-il exister que grâce aux moyens publics de la Belgique qui, tous ” guichets ” confondus, a permis à ce film d’exister et aux gens qu’il nous présente, d’entrer dans notre famille imaginaire. Vive le Tax Shelter lorsqu’il aide à donner naissance au talent et à la beauté presque magique, à l’extraordinaire.
The Guilty de Gustav Möller
