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Review VISAGES,VILLAGES

Il y a de ces films gâteaux à la crème, bulles de champagne, de ces films douceur et fantaisie. C’est à cette veine qu’appartient « Visages,villages » le nouveau film d’Agnès Varda (88 ans, svp), co-réalisé avec le photographe JR.

JR a une spécialité, il tire des photos en format immense, qu’il colle sur les murs, les châteaux d’eau ou les wagons des trains  de marchandises.

C’est avec lui et dans sa camionnette-labo photo et de développement, que s’embraque Agnès Varda (qui fut elle-même une des meilleurs photographes françaises dans les années cinquante). Ici, ils vont immortaliser la dernière habitante d’un coron dont la photo va orner les derniers vestiges de la petite ville minière avant sa démolition, là ils investissent un village abandonné auquel ils redonnent la vie en y collant des dizaines de photos des habitants des localités voisines ou restitue sous forme géante une ancienne photo d’Agnès collée sur les restes d’un bunker planté tel une sculpture sur une plage de l’Atlantique. Ou encore ils illuminent les quais du port du Havre en plaquant sur une pile de containers la photo de trois épouses de dockers.

Le regard d’Agnès (et celui de JR) sont d’une magnifique humanité, d’une douceur envers les « petites gens » magnifiés par leurs procédés.

Comme dans ses précédents « documenteurs », Agnès Varda se met en scène mais pas pour filmer son nombril comme tant de cinéastes (y compris documentaires) mais au contraire pour exalter ceux qu’on ne voit jamais, l’ouvrier, le docker, le fermier. Sans en faire des portraits exotiques. Au contraire. Juste des photo-matons qui les restituent dans leur véritable univers et les connecte avec leurs voisins, leurs collègues, leurs amis, leurs villages.

C’est beau, émouvant, délicieux et extrêmement civilisé.

Alain Berenboom

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