Nanni Moretti est un homme curieux dans le monde du cinéma. Salué autant comme acteur que comme réalisateur, Moretti semble se contenter de sa filmographie. Sinon comment peut-on expliquer que ce génie du cinéma ne fait pas plus de films comme acteur ? Lorsque, heureusement pour nous, il décide de sortir de sa tanière, il le fait avec brio.
« Mia Madre » raconte l’histoire d’une réalisatrice, Margherita, (Margherita Buy) dont la mère tombe gravement malade pendant le tournage de son film. Cette maladie force Margherita à se poser des questions sur sa propre vie.
Moretti est un réalisateur qui aime bien se mettre dans la peau des personnes qui détiennent le pouvoir. Après le premier ministre, Berlusconi, et le pape, le voilà qui s’intéresse à un métier qu’il connait très bien. Le réalisateur de cinéma est lui aussi seul maître à bord après Dieu.
La force de Moretti est d’amener chaque sujet à un niveau très humain, où chacun se reconnaît. Mais il ne maîtrise pas tout à fait son propos jusqu’au bout. D’où l’impression que le du film semble tourner en rond dans sa deuxième partie. Après un très bon début il peine un peu. Peut-être parce que le sujet lui est tellement familier qu’il ne parvient pas à prendre une distance nécessaire. Mais il se rattrape bien vite car le troisième acte est très fort et émouvant. La force du film se trouve comme chaque fois chez Moretti dans le jeu des acteurs avec la prestation sereine et juste de Margherita Buy et Giulia Lazzarini (la mère). Moretti lui-même joue de manière discret et pragmatique le fils mais son personnage manque de profondeur et est moins intéressant que les que les autres protagonistes. John Turturro (« The Big Lebowski », « O Brother Where are Thou », « Transformers ») est incroyable comme clown de service et se déchaîne avec une verve communicative. Arrogant, fou et toute de même très humain, Turturro a hérité du meilleur personnage du film (il interprète l’acteur américain, principal protagoniste du film tourné par Margherita). Il s’en donne à cœur joie.
En résumé, on dira, un film très poétique sur les différents manières de faire face à une ‘midlife crisis’.