Un Grand Film sur le Grand Charles. Et c’est faire œuvre bien utile de s’engager dans une fresque cinématographique en deux parties, celle-ci montrant l’ampleur de l’ambition de la production et des talents du metteur en scène que j’avais beaucoup apprécié déjà dans Le Chant du Loup.
Le film débute en nous faisant entendre un autre Charles, Trenet, au moment où le monde bascule dans l’épouvante dont nul n’avait imaginé l’ampleur. L’invasion de la Pologne, la drôle de guerre qui n’avait rien de drôle, puis mai 1940 et le poids de la solitude des vaincus.
Si l’histoire est connue, il est bien nécessaire de l’évoquer inlassablement pour que les consciences ne s’assoupissent pas.
Pour illustrer ce drame, quoi de plus éloquent que les images d’époque. Elles sont légèrement colorisées et donc se glissent discrètement dans un montage très dynamique. Il y a une petite erreur dans la bande sonore, car les notes de la 5e symphonie de Beethoven ne furent utilisées qu’à partir de 1941par la BBC comme indicatif de ses émissions vers l’Europe occupée. En effet, c’est le 14 janvier 1941 que Victor de Laveleye propose que le V deviennent le signe de ralliement de la résistance et c’est à ce moment là qu’un colonel anglais fit le rapprochement entre le V en morse, 3 brèves, 1 longue, et le début de la 5e symphonie.
Comparer l’élégance des discours d’alors avec les tweets imbéciles et lapidaires émis aujourd’hui e.a. par le président des États-Unis, en dit long sur ce que furent ces hommes qui se dressèrent contre le revers des armes. Ils avaient de la tenue.
Il est très émouvant de découvrir le ralliement des marins de l’île de Sein, de voir exposer l’ampleur et la complexité de ce qui s’appelait alors « L’Empire français », de visualiser cette abomination que fut l’opération Catapult qui fit près de 1.300 morts à Mers el-Kébir.
Tant d’autres faits de guerre sont ainsi visualisés et contextualisés comme la prise du Tchad, la résistance héroïque à Bir Hakeim, toutes ces batailles qui ont inversé le cours de l’histoire, en partie grâce à l’opiniâtre volonté d’un homme hors du commun.
Il n’était pas seul, Churchill est magistralement incarné, un certain Jean Moulin apparait dans le film, un jeune idéaliste, Fernand Bonnier de La Chapelle tue Darlan. Tant d’autres sont évoqués de façon chaque fois particulièrement intéressante par leurs rôles dans l’Histoire.
C’est évidemment l’acteur qui incarne de Gaulle qui impressionne. Pas pour sa relative ressemblance, mais par l’autorité inflexible du personnage dont les gestes des bras, le maintien du buste, les expressions marmoréennes du visage évoquent bien ce héros incomparable. Même lors qu’il prend son bain.
Il rappelle que si rien ne peut justifier une guerre, certains combats s’imposent pour la liberté, au péril même de la vie de celles et ceux qui la défendent.
Ce film contribuera de façon importante aux réflexions qu’inspirent les drames du passé et les tragédies d’aujourd’hui. En nous arrachant quelques larmes. Car, parfois, nous en sommes encore resté à l’âge du fer.