0

Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

L’Homme qui a vendu sa peau de Kaouther Ben Hania 

Un film d’un rare intérêt qui arrive à mêler trois thèmes : une histoire d’amour, le délire créatif et la douloureuse problématique des migrants.

Nous suivrons le destin d’un syrien qui fuit au Liban avant de rejoindre la Belgique, et parallèlement l’histoire de la femme qu’il aime. Pour surmonter les difficultés (argent, passeport) lui permettant de venir en Belgique, ce garçon va faire un pacte avec le diable qui est un artiste délirant. Ce qui nous vaut une évocation de ce milieu qui est très édifiante et amusante.

Ce film est proche de The Square et cela fait du bien de voir des artistes qui dépeignent les hurluberlus de ce monde souvent surfait pour les couvrir du ridicule qu’ils méritent.

La réalisatrice est une intellectuelle tunisienne, très expérimentée déjà mais ce film est d’une audace, d’une singularité formelle et d’un humour corrosif qui le rendent incomparable. Wim Delvoye, artiste gantois, n’est pas étranger au sujet. L’on aperçoit ses cochons tatoués, il apparait fugitivement dans un rôle. Et c’est en partie sa démarche de tatoueur taxidermiste qui a inspiré le film dont les thèmes s’entremêlent qui évoquent aussi la Passion et le martyr christique. Les cadrages sont exceptionnellement travaillés, utilisant les miroirs et les flous pour souligner la complexité de percevoir la réalité.

Un film très singulier, passionnant et agréable, touchant par bien des aspects. Une co-production avec la société belge Kwassa films, légitimement soutenue par le Tax Shelter, avec des collaborateurs importants, la monteuse Marie-Hélène Dozo, un acteur excellent Koen De Bouw et des décors qui vous réjouiront : rien de moins que le musée d’art ancien e.a. !

Ce film n’est pas une peau de chagrin.

Playlist de Nine Antico 

Plaie triste. La Collectionneuse façon 2021 ; Rohmer, Au secours ! Certes le sujet d’une jeune femme qui cherche sa place et l’amour à l’aube de sa vie d’adulte est un sujet intéressant. Encore faut-il qu’il soit traité d’une façon intéressante.

Ici malgré la prestation remarquable de Sara Forestier – Filles de joie, Roubaix, une lumière et tant d’autres dans le genre lippe boudeuse, regards noirs et mœurs décomplexées, l’ennui s’invite subrepticement pour une raison simple : il n’y a pas d’histoire construite. Rien qu’une succession des scènes, certaines généralement très bien enlevées, mais qui se répètent sans crescendo, sans antagonistes, sans enjeu. Ces petits sujets de qualité très variables sont enfilés comme des perles, par un enfant malhabile. Avec une voix off de basse qui égrène, heureusement avec parcimonie, quelques phrases sentencieuses et ampoulées comme si l’on avait besoin qu’on nous explique.

Et pour plomber encore l’ambiance, le film est en noir et blanc, une image sans le talent des grands opérateurs qui donnèrent à cette contrainte des débuts du cinéma leurs lettres de noblesse. Mais les cadres sont très travaillés, ce qui est sans doute le lien avec le métier de dessinatrice de la réalisatrice qui en est à son premier long métrage, largement inspiré par un milieu qu’elle connait très bien, celui de la bande dessinée et de ses éditeurs. C’est un des aspects très savoureux du film, et vous apprendrez, comme moi, qu’il faut parler de « roman graphique » et plus de BD.

Un autre aspect intéressant du film est la relation de ces femmes à leur corps et à leur sexualité.

Des propos et des attitudes peut-être banales à certains égards, mais qu’il n’est pas mauvais de rajouter sur sa liste féministe. Regardez l’affiche : une femme qui embrasse un mannequin tels que ceux utilisés pour les cours de secourisme. Quelle synthèse ; désespérée ?

Francis de Laveleye

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *