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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Blackbird de Roger Mitchell

Une perfection. L’histoire se déroule en 48 heures à peine, dans une somptueuse maison en bord d’océan, où le couple de parents, lui est médecin, convie leurs deux filles, la compagne de l’une d’elle, le mari et le fils de l’autre, ainsi qu’une amie de longue date du couple.

Vous découvrirez, comme moi, le motif de cette réunion qui est l’occasion d’un magnifique film « choral » dans lequel chacun tient son rôle à la perfection. L’on pourrait croire que l’histoire allait se dérouler sereinement, de façon démonstrative jusqu’à son terme. Il n’en est rien et les événements, les échanges, quelques scènes en apartés, donnent au récit une force émotionnelle absolument magnifique. Il y a des repas filmés admirablement avec un sens du cadre, une subtilité dans l’usage des focales, un style quasi théâtral de la mise en place de la caméra et des déplacements dans le champs visuel ainsi délimité.

Mais outre la délectation cinématographique intense et raffinée, il y a aussi un sujet qui est traité de façon subtile et très émouvante. L’on ne peut sortir de la salle sans être bouleversé.

Le scénario n’est pas original et a été traité déjà dans Silent Heart par Bill August dont nous connaissons le très bon Goodbye Bafana.

Roger Mitchell est un réalisateur chevronné, ayant une douzaine de films à son actif dont Un week-end à Paris avec déjà la remarquable Lindsay Duncan que l’on retrouve ici.

Susan Sarandon est magistrale, et sans doute le sujet a-t-il motivé son engagement, elle qui est très mobilisée politiquement aux U.S.A.

Et l’on devine le plaisir voluptueux que le réalisateur a dû ressentir à mettre en scène ces acteurs magnifiques dont les dialogues et les silences sont ciselés comme une cantate. La bande sonore est d’une grande richesse et d’une particulière discrétion, chaque fois dans le ton parfait de la séquence qu’elle soutient avec tact.

Quelques splendides images de ciels crépusculaires traversés par des oiseaux noires symbolisant la mort qui rode, expliquent peut-être le choix du titre de ce très beau film.

Rifkin’s Festival de Woody Allen 

Un autoportrait. Lorsque dans un rêve il sera possible de contempler la cinquantaine de films de Woody Allen, l’impression sera la même qu’en parcourant du regard les primitifs flamands, les impressionnistes ou les cubistes, tant ses films sont d’une même unité d’inspiration. L’amour, l’humour, la bagatelle et la logorrhée. Quel plaisir chaque fois de retrouver cet immense talent et les acteurs qui le servent.

Le cinéma de Allen est une « école »  à lui tout seul.

Nous voici avec un couple dont la superbe épouse est attachée de presse d’un acteur très glamour. Et l’on sait dès l’entame du film vers quoi évoluera cette mission professionnelle. Il y a des scènes irrésistibles lorsqu’ils sont à trois. Le mari, vieux, petit, chauffe, bedonnant, le visage ingrat ne peut empêcher ce rapprochement passionné. Mais il rencontre une médecin espagnole au moins aussi séduisante que son épouse. Va-t-il arriver à la séduire ? Wallace Shawn est absolument exceptionnel de talent et de drôlerie dans ce rôle.

Tout cela se déroule de façon désinvolte durant le festival de cinéma à San-Sébastian, c’est léger, laissant la place aux citations et aux rêves inspirés par les grands films au sujet desquels chacun aime se disputer : Godard, Lelouch, Bergman, Fellini. C’est très amusant, combiné avec un humour original effervescent durant tout ce récit d’un séjour professionnel qui remet en cause ce que l’on aurait pu croire acquis. Sergi Lopez fait un numéro magnifique qui justifie à lui seul d’aller voir ce film plein d’amusante légèreté.

85 ans, 50 films, qui dit mieux ?

Francis de Laveleye

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