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Netflix Review Mank

Les coulisses de Hollywood ont toujours fasciné les cinéastes américains. Hollywood adore exhiber  ses plaies. Après « Singing in the Rain », « The Last Tycoon » et tant d’autres, voilà « Mank » de David Fincher.

Cette fois c’est le dessous du chef d’œuvre mythique, iconique d’Orson Welles « Citizen Kane » qui est au centre de ce film produit par Netflix. Le plus célèbre film de l’histoire du cinéma décodé par la plus célèbre plateforme du Net, tout un symbole…

Les cinéphiles se rappelleront que mla tumultueuse production de « Citizen Kane a déjà fait l’objet d’un téléfilm en 1999 (que j’avoue ne pas avoir vu)  «RKO 281, l’affaire Citizen Kane » réalisé par Benjamin Ross avec une distribution de choix (John Malkovich, James Cromwell, Melanie Griffith, Roy Scheider, David Suchet).

Cette fois, c’est sous un angle inattendu que les Fincher père et fils ont attaqué le sujet. C’est le scénariste (quelque peu oublié) qui est au centre du film, pratiquement seul devant la caméra, Herman Mankiewicz (éclipsé ensuite par la notoriété de son frère cadet, Joe).

Ironie de l’histoire, Orson Welles est presque absent de « Mank », lui qui est considéré par l’histoire comme l’auteur complet et le principal interprète de « Citizen Kane » (et qui avait demandé de figurer seul au générique comme scénariste).

Mais le « gamin » ou plutôt le wonder boy qu’il était en 1940 (il avait 25 ans) ne pouvait explorer avec cette acuité les coulisses de l’industrie cinématographique et particulièrement celles de la MGM. Car ce que le film révèle c’est que « Citizen Kane » ramasse et synthétise ce que « Mank » (et non Welles) a vu et vécu dans les années trente, les munificences de Randolph Hearst, ses folies de nouveau riche (son château dément, ses collections d’art jusqu’à l’indigestion, ses fêtes à la romaine), patron de presse à succès mais aussi investisseur important de la MGM et acteur essentiel de Hollywood (avec sa maîtresse, l’actrice Marion Davies (ici magnifiquement incarnée par  Amanda Seyfried). Portrait aussi du climat très réactionnaire qui régnait chez les maîtres des studios, et particulièrement des animateurs de la MGM. Toutes ces observations ironiques, dégoûtées ou désabusées de « Mank », c’est ce qui fait la substance de son scénario (récompensé d’un Oscar avec Welles, le seul attribué au film).

« Mank » c’est aussi le portrait émouvant d’un homme usé avant l’âge (il mourra dans la cinquantaine, dix ans plus tard), miné par l’alcool, écrasé par Hollywood, immobilisé pendant l’écriture éclair du script (un mois) par un énorme plâtre qui le cloue au lit.

Gary Oldman réussit une performance impressionnante dans le rôle omni présent de Mank, Charles Dance est effrayant dans celui de Hearst. Seul Tom Burke est inconsitant dans le rôle écrasant d’Orson Welles.

Après avoir admiré l’exercice de D. Fincher, on reste un peu sur sa faim parce que le vrai « Citizen Kane » est tellement plus fort, plus puissant que cet exercice de style.

 

 

 

 

Alain Berenboom

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