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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Les Parfums de Grégory Magne
On ne sent pas grand-chose. Un film qui raconte une histoire, sans surprise, de façon linéaire et classique. La rencontre d’un homme divorcé père d’une sympathique ado, et une femme célibataire, “nez” de profession. Ce qui fait le charme du film, c’est la qualité des acteurs, de tous les acteurs, jusqu’aux plus fugitifs petits rôles. Emmanuelle Devos est majestueuse, une sorte de Fanny Ardant des faubourgs qui serait “parvenue”, une sœur cadette de Jeanne Moreau. Malgré ses César, malgré ses deux films “belges” avec Fonteyne (La Femme de Gilles) et Troch (Unspoken), et des dizaines de rôles, cette actrice ne semble pas avoir (encore) atteint la place qu’elle mérite sur la plus haute marche de la célébrité. Son partenaire, Grégory Montel, est un adulte dans la maturité qui n’a rien de commun avec ces mâles pour pub d’eau de toilette, ce qui le rend profondément humain, sympathique, touchant et sensible comme nous l’avions vu dans Les Chatouilles.
Ce film est un peu tiède, par manque d’enjeu. Une histoire sympathique, originale par le métier de la femme, par le fait qu’il n’y a pas de scène d’amour, mais cela ne suffit pas à créer l’adhésion du public. Comment est-ce possible de produire un tel film dont, à l’évidence, le moteur est absent. On laisse rouler le récit dans la pente, sans plus. Une actualité post-covid amusante : l’anosmie dont souffre parfois cette femme, la perte de l’odorat. Pour un “nez” c’est une infirmité. Pour un film sympa, très français, c’est un petit prétexte pour singulariser une histoire banale construite sur le couple maître/esclave dans une version soft, élégamment dialoguée. On reste dans la catégorie des déodorants.

cc GAUMONT

Tout simplement noir de Jean-Pascal Zadi et John Wax
 
Pas simple du tout. Ce film que l’affiche annonce déjà comme une pochade franchouillarde, dans la lignée médiocre des films destinés à faire rire grassement, laisse en bouche un goût de saindoux, certes, mais qui ravive de très nombreuses questions que ” Black Lives Matter ” vient de nous remettre en tête et qui entêtent. Comment vivre cette juxtaposition d’hommes et de femmes qui sont d’origines différentes, la couleur de leur peau le rendant évident. Nous sommes dans la famille cinématographique du très bcbg, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ici façon banlieue ethnique.
C’est un film généreux, “torché” par un réalisateur débutant, qui assume le rôle principal et qui se lance à pleine dents et sans maniérisme dans une aventure que l’actualité nous rend sensible : la police tabasse un noir qui manifeste, les discussions sur les revendications ethnocentrées, sur les juxtapositions et antagonismes noir/arabe/métisse/juif/femme sont joyeusement mises à contribution pour alimenter cette comédie sociale, grinçante qui rebondit de numéros d’acteurs, en explications un peu lourdingues pour les spectateurs qui n’auraient pas tout bien compris. C’est souvent drôle et cet humour compense le sentiment un peu navré de voir un travail très amateur. Une singularité remarquable de ce film, c’est qu’il a pour “ligne conductrice” un reportage fait par on ne sait qui, ni dans quel but, mais qui permet ce “point de vue” un peu abstrait de la caméra qui “film tout” façon téléphone portable. Et pour vous motiver à aller voir ce film atypique, je signale des scènes de casting succulentes. Le malheureux acteur sans travail en cherche en passant des bouts d’essai avec des réalisateurs hallucinants de connerie et de vérité. La vengeance est un plat qui se mange froid ; Jean-Pascal Zadi a pris le temps de laisser refroidir et c’est si bien vu.

Francis de Laveleye

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