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Kirk

La faucheuse l’avait oublié. Et pourtant, il joua plus que tout autre star des rôles de loosers, abattus à la fin !

Il est le plus brillant de cette super génération de comédiens devenus vedettes dans les années cinquante, Burt Lancaster, Brando, Newman, Widmark. Le plus brillant car le plus complexe. Son charisme, son incroyable présence, son énergie, sa belle gueule, sa fossette auraient suffi à mettre son nom au haut de l’affiche. Cela ne lui suffit pas. Il cherche et impose des personnages complexes, tourmentés, reflets de l’intellectuel américain des fifties, tout en jouant des personnages d’aventuriers, des cow boys ou des gangsters mais jamais de films « d’art et d’essai ».

Rayon westerns, on n’oubliera pas «  La Captive aux yeux clairs » de Howard Hawks (1952) d’après le beau roman de A.B. Guthrie. Un film élégiaque, poétique autant que puissant. Dominé par la profondeur de la rivalité amoureuse entre deux cow boys pour une belle Indienne ‘Elizabeth Threatt).

C’est aussi la densité, l’électricité de la relation entre Kirk Douglas et la belle Indienne, Elsa Martinelli (qui fut l’un des amours de Kirk Douglas dans la vie) qui donne cette extraordinaire intensité à « La Rivière de Nos amours » (Indian Fighter) d’André De Toth (1955).

Impossible d’oublier aussi le cultissime « Règlement de comptes à OK Corral » dans lequel il incarne un Doc Holliday, rongé par la maladie, l’alcool, son monde intérieur face au roc Burt Lancaster. Réalisation de John Sturges (1957).

A ces grandes pointures du western, il faut ajouter la seule incursion de Joseph Mankiewicz dans l’univers de l’Ouest », « Le Reptile » (« There was a crooked man ») en 1970, son chant du cygne. Une œuvre cynique, violente, influencée par le western italien et admirablement porté par un Kirk Douglas plus ricanant que jamais.

Le couple qu’il a formé avec Stanley Kubrick, une relation orageuse, a accouché de deux chefs d’œuvre « Les Sentiers de la Gloire », critique acerbe des officiers français pendant la première guerre mondiale (un film censuré en France pendant plusieurs années) puis Spartacus, autre œuvre d’un révolté, dont Kirk Douglas qui en était le producteur est au moins autant l’auteur que le fantasque Kubrick.

Le film noir convient particulièrement à Douglas. Il campe des personnages inquiétants et tourmentés à la fois. Dès l’excellent « La Griffe du Passé (« Out of the past ») de Jacques Tourneur, en 1947, où il est opposé à Robert Mitchum.

Son auto-biographie « Le Fils du Chiffonnier » est un livre où il se raconte sans complaisance, défend ses idées « libérales ». On y sent sa fougue, son énergie, son amour de la vie mais aussi son narcissisme !

Il restera comme l’image du cinéma américain qu’on adore, tumultueux et aventureux, intelligent et sensuel, épris de liberté et de femmes !

 

 

Alain Berenboom

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