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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

The Good Liar de Bill Condon

Tel épris qui croyait prendre. C’est une histoire qui commence, comme tant d’autres aujourd’hui, par une rencontre sur les réseaux sociaux, entre deux retraités qui se disent veufs. Cela se passe à Londres, en 1990. La date sera comprise plus tard car elle est nécessaire à la crédibilité de cette intrigue peu ordinaire entre un monsieur bien sous tous rapports mais qui s’avère être une sorte d’escroc très sophistiqué et une dame dont les motivations apparaîtront au fil de leur histoire de classique recherche d’un compagnon de vie.

Et la révélation progressive des vérités de chacun, des motivations qui expliquent ce qui deviendra un règlement de compte très extraordinaire, est l’originalité de ce scénario construit comme de la dentelle. A un moment, le film qui semblait devoir se dérouler dans une chronologie simple fait usage des flash-back et l’on bascule alors dans ce qui est la révélation des motifs à agir pour cette femme distinguée à qui l’âge donne ce supplément de charme respectable et attendrissant.

La qualité du casting et celle des dialogues, permettent de mener ce récit à son terme en maintenant l’attention et le mystère qui donnent à ce film singulier sa valeur, celle d’une petite histoire dans la grande histoire. Ici, l’art du mensonge est mis au service d’une sorte de vérité, celle qui devrait permettre, peut-être, de surmonter l’insurmontable.

Le réalisateur est un baroudeur du 7e art mais dont le nom n’évoque pas tout de suite d’autres films marquants, sauf peut-être Mr Holmes qui était aussi une intrigue très complexe et amusante où le même excellent acteur, Ian McKellen était tenant du rôle-titre. L’actrice Helen Mirren est de celles pour qui rien ne semble impossible, tant le talent et l’humour cohabitent dans son regard et son sourire. Un régal de voir des acteurs de ce niveau au service d’une fantaisie amusante qui se transforme en un affrontement très violent qui trouve son origine dans un secret qui motive largement que l’on soit un bon menteur. Le film semble avoir été reçu avec une certaine réserve par la critique. Que cela ne vous décourage pas d’aller découvrir qui maîtrise le mieux l’art du mensonge.

 

cc Scope Pictures

Notre dame de Valérie Donzelli

Notre drame. Cela commence par une tonitruante mention de Scope et l’on sait que de l’argent du tax shelter aura cofinancé ce film parisien ; avec un sympathique acteur, Bouli Lanners,  qui vient y justifier son cachet. Sans plus.

L’histoire mêle deux lignes narratives : un concours d’architecture pour aménager le parvis de Notre-Dame (avant l’incendie, bien entendu) et la déglingue de la vie privée de l’architecte, mère de 2 jeunes enfants, qui a gagné fortuitement ce concours.

Il y a une tentative de salade folle dans ce scénario, avec un peu de Chaplin, d’Amélie Poulain, de Gordon et Abel, bref, plein de bonnes intentions qui semblent faire rire certains. Et c’est tant mieux. Les ambiances qui se succèdent sont une sorte de patchwork mélangeant de réalisme, la fantaisie assumée, l’onirisme, la caricature pour ne pas dire la charge sociale, un peu de psy pour pimenter le tout et une grossesse qui s’intègre aussi mal dans l’histoire qu’une gâteau à la crème dans l’étale d’un boucher. Ce qui plombe un peu le film, à mes yeux, c’est la comédienne, qui fait de son mieux, mais qui n’a pas, me semble-t-il, ce supplément de magie, de séduction, de talent pour tout dire, qui aurait fait de son personnage une icône comme Audrey Tautou. Ici, l’on reste en seconde classe. Et cette actrice est la réalisatrice du film, qui a intégré à son histoire de nombreuses connexions autobiographiques. Ce qui ne suffit pas à en faire la charpente d’un scénario, forte comme celle d’une cathédrale, hélas. De trop nombreuses situations tombent à plat, ne sont pas exploitées, sans lien avec l’histoire qui est celle de la réhabilitation du parvis de Notre Dame. Les claques, les visiteurs locataires dans l’appartement, le personnage de l’avocate et ce procès de revue estudiantine, sont, à mes yeux, l’illustration parfaite d’erreurs de scénario qui plombent les bonnes intentions, parfois touchantes. Bref, il n’y a pas le feu pour aller voir Notre-Dame.

Francis de Laveleye

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