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Review Portrait de la jeune fille en feux

de Céline Sciamma

Un feu d’artifices. Magnifique spectacle, d’une subtilité délicieuse, mis en scène par une femme de talent, et ce n’est pas indifférent dans la façon de mener l’histoire.

C’est celle d’une femme peintre qui va exercer son art de portraitiste à la demande d’une mère ; la personne à peindre est sa fille. La suite à l’écran. Elle est pleine d’artifices qui en font un récit très original, très élégant.

La structure en est un long flashback, avec une courte séquence d’introduction qui nous présente une sorte de Vigée Lebrun, et nous voilà plongés dans une ambiance à la Georges de la Tour, avec des lumières de chandelles, de feux de bois d’une très grande beauté. Les couleurs sont subtilement aménagées entre elles. La robe rouge de la peintre, celle verte de son modèle, leurs cheveux blonds et châtains foncés, tout concourt à une esthétique d’une très grande élégance. Une femme de chambre jouera un rôle discret mais central dans l’évolution de ces deux femmes mises littéralement, face-à-face.

Et l’histoire que vivront ces deux magnifiques actrices est imprégnée par la mythologie. Eurydice fut sacrifiée par un Orphée qui l’aimait mal. Elle inspirera le destin du modèle, vous le découvrirez.

Le film, s’il débute sur un rythme de montage très cadencé de plans courts, il prendra son temps ensuite pour donner à certaines séquences l’ampleur d’une marée irrépressible qui monte, puis qui redescend, en longs et beaux plans séquences. La montée du désir entre ses deux femmes est un régal de finesse, une vibration saphique d’une très grande élégance. Tout l’inverse de La Vie d’Adèle. Car le propos du film est très féministe, délicat, qui invite à la réflexion sur la réappropriation de son corps et de son destin de femme. Avec ce biais ingénieux de l’utilisation d’une époque, 1770, qui accentue subtilement les clivages qui torturent. La musique, utilisée avec une extrême parcimonie, joue deux fois dans le film un rôle puissant. Le plan de fin est, à cet égard, d’une très belle intériorité. C’est un film sur le regard. Le regard porté par les autres, particulièrement sur les jeunes femmes.

L’actrice qui incarne la peintre, Noémie Merlant, m’avait impressionné déjà dans Le Ciel attendra et dans un rôle en costume Le Retour du héros. Nous connaissons mieux le talent de Adèle Haenel :120 battements par minutes, En liberté, Le Peuple et son roi  Le Daim et surtout La Fille inconnue .

La directrice de la photographie, Claire Mathon a réalisé une performance superbe. Elle avait déjà, dans une longue carrière, impressionné e.a. dans Mon roi .

Bref, un portrait à mettre en valeur dans sa galerie de tableaux.

Francis de Laveleye

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