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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

La Ragazza nella Nebbia

de Donato Carrisi

La Trêve. Natale. Car nous sommes, cette fois, en Italie. Un film de genre, très dense, qui ne vous lâche pas une seconde. Genre policier d’épouvante, ce que l’on nomme un thriller, un film qui fait frémir. Nous sommes dans un petit village, enfermé au fond d’une vallée dans le Haut Adige. C’est l’hiver, et l’on s’apprête à fêter Noël. Une jeune gosse disparaît. Le milieu est hyper-catholique, genre secte illuminée. Trois hommes seront les pivots du récit structuré comme un immense flash-back. Mais avec les fausses pistes qui égarent le public comme il l’espère dans ce type d’histoire qui consiste à essayer d’entrer dans le cerveau malade d’un assassin ; peut-être même d’un assassin en série, qui sait ?

Car évidemment toute la subtilité du scénario consiste à balader le spectateur d’une hypothèse à l’autre pour élucider ce tragique mystère. C’est très bien fait, très bien structuré, avec un recours systématique aux indices, comme une espèce de jeu de Cluedo. La faiblesse de la construction est le recours trop fréquent, dans la seconde partie, à des images que le spectateur ne peut identifier comme réelles ou fantasmées. Mais cela contribue au ” style ” du suspens. Même si l’on se sent un peu perdu, incertain de la logique de l’histoire et de la véracité des séquences qui se juxtaposent sans que l’on ne sache vraiment si c’est une hypothèse ou l’histoire réelle. La confusion est augmentée aussi par la présence manipulée d’une presse de caniveau qui joue un rôle intéressant dans la construction du suspens.

Et lorsque, enfin, dans les dernières minutes du film, la vraie vérité est révélée, elle semble tout de même un peu tirée par les cheveux (Vous verrez que c’est un jeu de mot !).

Bref, un très bon film pour se laisser distraire. Les acteurs sont excellents, les amateurs de Jean Reno seront comblés. La musique est d’une remarquable richesse, qui accompagne intimement l’évolution complexe du récit, avec toutes les astuces instrumentales, rythmiques et les sonorités qui concourent à soutenir puissamment l’ambiance et la tension qui ne cesse d’augmenter. Mais c’est sans doute le travail de l’image qui distingue particulièrement le film. Ambiance de nuit, souvent en contre-jours très affirmés, avec des lumières diffusées par le brouillard comme l’indique le titre du film, une caméra généralement ” basse ” et qui semble ramper vers les lieux, les gens, comme un serpent le ferait avant de s’emparer de sa proie.

Le réalisateur est juriste, spécialisé dans les meurtres en série, qui lui ont inspiré des romans à succès, puis la réalisation de téléfilms. Ce film-ci a été présenté en France, à la télévision, en salle en Belgique, deux ans après sa réalisation. Ne vous privez pas de ce spectacle distrayant, il est raffiné et ne risque pas de vous provoquer de cauchemars.

cc STUDIOCANAL

Deux moi

de Cédric Klapisch

Quel pur petit bijou ! Une idée audacieuse et simple : faire le portrait de deux jeunes adultes, célibataires et en début de carrière. Ils sont voisins mais ne se connaissent pas. Tout le talent des scénaristes est d’avoir structuré un montage parallèle, la vie de l’une, la vie de l’autre, de façon incroyablement dynamique, et qui sont un peu les transepts d’une même nef. Tout cela baigne dans un humour et une tendresse, une finesse psychologique, qui amusent sans longueur. Les deux acteurs, François Civil (Le Chant du loup , Mon inconnue ) et Ana Girardot, superbe de naturel, sont parfaits de justesse et de charme, les rôles qui les entourent sont tous d’une spontanéité et, souvent, d’une drôlerie, qui créent la sympathie. Les détails des récits sont à découvrir au fil du film, mais il est tellement bien écrit, tellement original, que l’on ne fait que s’amuser, parfois s’émouvoir, de ces deux portraits en miroir. Sans dévoiler quoi que ce soit, les RS (réseaux sociaux pour ceux qui ne sont pas ” branchés “) sont décrits, utilisés et illustrés de façon magistrale. Rien que cet aspect du film vaut le détour.

Et vous y ajoutez le regard porté sur les psys ; très bien illustré aussi (La mère du réalisateur-scénariste était psychanalyste, et j’ai cru deviner son nom aperçu sur la porte de l’un d’entre eux : Meyer. Merci de vérifier pour moi). Autre réussite subtile du scénario, c’est l’évocation, une nouvelle fois, des désastres provoqués par les secrets, les non-dits, dans les familles.

Le réalisateur s’est fait brillamment connaître par L’Auberge espagnole et Les Poupées russes. Ce qui nous lie était un film « rural » très réussi également. Ici, nous sommes au cœur d’un Paris nouveau, celui de la cohabitation multiculturelle paisible, rêvée sans doute par Anne Hidalgo qui fut soutenue politiquement par le réalisateur. Certaines scènes de vie professionnelles sont très finement montrées et une conversation téléphonique avec une respectable vieille dame est un petit moment de roi. Renée Le Calm, avec le même réalisateur, était vedette dans son film Chacun cherche son chat.

Il me semble que la bande sonore est très intéressante à un double titre. La musique est remarquablement adéquate, comme transition entre les séquences, autant que comme accompagnement de celles-ci. Et vous écouterez les subtiles juxtapositions des voix, souvent ” off ” qui donnent très brièvement aux propos tenus, souvent, un supplément d’absurderie très amusante. Le cinéma français intéressant qui réconcilie avec ce qui se produit en France. Mais qui fâche lorsque l’on découvre que son financement est partiellement dû au tax shelter, sans que rien, strictement, ne semble être belge dans cette production.

Francis de Laveleye

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