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Review Trois jours et une vie

de Nicolas Boukhrief

La Trêve. De Noël. Ce mauvais jeu de mot doit être expliqué pour les Français qui ne connaîtraient pas le grand succès belge de la série télé La Trêve, qui, comme ce film, se déroule dans les Ardennes belges et tourne autour d’une micro société d’un village dans lequel la disparition d’un jeune enfant crée une tension, un drame, qui sera le fil conducteur, je devrais écrire ” la grosse ficelle “, qui mènera l’histoire. Durant des années. Et la période de Noël est dans ce film-ci, à chaque étape, le moment choisi pour faire éclater les événements. Ce qui nous vaut une messe de minuit peu ordinaire. Mais aussi des repas de fêtes, des cadeaux…

L’histoire qui nous est contée a recours à une séquence d’ouverture qui fait du spectateur un privilégié qui sait ce que les protagonistes ignorent. Système classique et fréquent de narration. Durant deux heures, nous assistons à l’emboîtement de scènes, parfois de simples échanges de regards ambigus, qui structurent une enquête dont le dénouement est prévisible, mais astucieusement amené. C’est un film de scénariste, pas de cinéaste. Car le spectacle est sympa, sans magie, les acteurs sont, comme Sandrine Bonnaire, bonnards, tous biens, mais sans dépasser le niveau de la série télé. Ici, elle est assemblée en 2 heures marquées par des ellipses dans le temps. On ne s’ennuie pas mais l’on a le temps de réfléchir à la différence entre un produit Gaumont destiné à une bonne soirée télé, et ce qu’aurait pu être un film de bon niveau.

Il y a une séquence qui illustre bien cela, c’est la nuit d’apocalypse atmosphérique. C’est soudain un changement de genre : l’on est dans le cinéma d’horreur pendant un bon moment. Univers de prédilection de ce réalisateur lorsqu’il était critique de cinéma ; il y a succombé, même si cela crée un hiatus dans le style de la narration. Heureusement les effets spéciaux (de mon frère et de son équipe) sont très spectaculaires ; cela distrait un peu de l’enchaînement des séquences assez prévisibles et sans éclat, sans style particulier.

La musique qui noie l’ensemble est, par elle-même, l’illustration nouvelle de ce qu’il ne faut pas faire : une tautologie avec le récit. Caricaturale et lourde.

L’une des qualités du film, à mes yeux, est certainement l’habileté de la direction des jeunes acteurs. Jeremy Senez (fils du réalisateur) m’a semblé évident dans le rôle du responsable de ce qui n’est qu’un accident, mais qui le rend coupable d’un meurtre… Et comme la chose nous est dite dès le début du film, ce qui en rend le déroulement intéressant, c’est évidemment les réactions complexes et nombreuses au cours des années, des principaux protagonistes. Une réflexion de deux heures sur une vie.

Et pour le coût (celui du film) Umédia a eu recours au tax shelter non sans une certaine pertinence : c’est très belge comme film français.

Francis de Laveleye

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