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Review Diego Maradona

Sans doute le plus grand joueur de foot de l’histoire, qui a connu un destin tragique.

Ce film, excellent, se rapproche des récits de ces superstars du show business, venues de rien, accédant au firmament avant de s’effondrer dans le rejet populaire, médiatique et la drogue. Le réalisateur, Asif Kapadia, avait déjà admirablement réussi le documentaire Amy e.a. Alors me direz-vous, pourquoi se taper 2 heures de foot en plus, pour contempler ce genre de désastre ? Eh bien, parce que ce destin nous interroge, tous, de façon complexe sur la fonction des jeux du cirques, l’engouement populaire, les réseaux d’argent autour de certains sports et la mainmise mafieuse qui les gangrène. Et il n’est pas difficile de considérer que le foot est, en quelque sorte, une métaphore des rapports de force, de pouvoir et d’argent qui opposent les hommes jusqu’à les broyer, sans pitié.

Le film est un documentaire ” militant ” en ceci qu’il ne se contente pas de nous dérouler un biopic tiède. Il indague là où il faut. Rien ne semble rester dans l’ombre, même si le réalisateur a su nous épargner la complaisante contemplation des vices et des souffrances.

C’est toute une architecture qui se démontre devant nous durant deux heures passionnantes, où l’on comprend que, venant d’Argentine, le joueur idolâtré allait devenir le traître absolu lorsque les compétitions internationales l’amèneraient à jouer pour son pays d’origine, contre son pays d’adoption, dans le stade même qui le voyait triompher chaque dimanche à Naples.

Les images du film, tournées mais jamais exploitées auparavant, ont été collectées en d’innombrables circonstances, sélectionnées parmi des centaines d’heures de rushes, et par un traitement très subtil, le film présente une unité visuelle qui lui donne une sorte d’homogénéité un peu surprenante sur une période aussi longue. Cela rapproche alors de la sensation d’unicité du point de vue. Quelques interviews ajoutent un regard extérieur à ce que nous vivons au cœur même du cyclone. Et la bande sonore contribue remarquablement à ce ” lissage ” des hurlements de bêtes sauvages que sont les tifosis, de matchs en ovations, ce qui unifie aussi ce qui est épars dans le temps. Avec une très subtile accentuation du bruit des impacts de ballon qui attire l’œil vers l’objet de toutes les convoitises. Et il faut ajouter au plaisir que procure le film, celui d’admirer cette dextérité des pieds qui confine au génie.

Francis de Laveleye

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