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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Greta-Neil Jordan

ll y a le porno chic ; ici c’est un film thriller horrifique chic. Tout est parfaitement artificiel, l’histoire très alambiquée est le pur produit de l’imagination des scénaristes et le spectateur doit rester bien concentré pour ne pas se dire ” c’est totalement invraisemblable ” car alors, il décrocherait et ne profiterait pas de l’inventivité, des subtilités, des rebondissements et des effrois bien amenés qui donnent au film sa raison d’être : montrer une relation complètement névrotique qui devient un peu gore. C’est mené avec une grande maîtrise technique, ce qui occupe lorsque l’on se lasse un peu des montées en tension, des scènes préparatoires ou répétitives qui contribuent au suspens de carnaval. Ce n’est pas Orange mécanique, ni Vendredi 13, mais il y a des liens de parenté. La bande musicale est assez simpliste, avec des effets très appuyés de musiques pour faire peur, avec de la musique classique comme un antidote aux épouvantes qui se succèdent et puis une délicieuse utilisation de Sous les ponts de Paris, par Lucienne Delyle, je crois, qui fait franchouillard, comme la petite Tour Eiffel dont vous découvrirez l’utilité.

Le metteur en scène irlandais est un baroudeur du frisson et il montre ici l’étendue de son savoir-faire. Certains diront ” de son talent “.

Plus encore que Isabelle Huppert qui, sans surprise, est fascinante, c’est Chloë Grace Moretz qui s’impose comme une superbe interprète, charmante et sympathique.

cc September Films

Queen of HeartsMay el-Toukhy

Au nom du père, du (beau) fils et du (malsaint) esprit.

Le cinéma danois n’est pas fréquent sur nos écrans, mais chaque fois, me semble-t-il, très marquant : Lars von Trier, dans plusieurs films, Le destin de Babette de Gabriel Axel, Thomas Vinterberg (JagtenKollektivetKursk ) e.a. prouvent qu’un petit pays peut générer une très grande cinématographie. Prenons-en de la graine.

Ici, l’histoire inventée et mise en scène par une femme – ce n’est pas insignifiant – est simple : une famille recomposée semble ronronner. L’épouse s’occupe de violence sur des enfants, elle est mère de deux jeunes filles, délicieusement interprétées. Lui est toubib, trop occupé, et père d’un fils issu d’un premier mariage. La relation père/fils est difficile. Le fils vient les rejoindre dans leur maison et perturber la gentille famille.

Le trouble est essentiellement lié au désir charnel pour son beau-fils, qui naît chez la belle-mère et va être joyeusement assumé sous nos yeux. Il s’en suivra une terrible partie de mensonges et de rejets qui fait passer le film à un niveau rare de tension psychologique intrafamiliale.

Comme c’est admirablement écrit et interprété, très fermement mis en scène, malgré certaines longueurs, le film se reçoit un peu comme une sorte de mise en garde : il y a, en chacun de nous, un démon qui sommeille.

Et il est permis de s’intéresser à cette propension de cinéastes femmes de montrer, je dirais même d’exhiber la jouissance qu’une femme peut connaître avec son corps lorsqu’elle est pleinement actrice, pour ne pas dire créatrice de son plaisir. Pensez à Sybil très récemment. Est-ce une voie nouvelle de l’expression des suffragettes post Weinstein ? Cela nous réserve de belles séquences à venir, sans doute.

Ici, la Reine des Cœurs est une Clytemnestre moderne, fascinante, interprétée par Trine Dyrholm, exceptionnelle.

Francis de Laveleye

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