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Review The Wild Pear Tree

De Nuri Bilge Ceylan

Vous serez prévenus : 188 minutes à lire des sous-titres, car la langue turque n’est guère compréhensible et les protagonistes parlent pratiquement sans interruption. Le film est le portrait d’un jeune étudiant revenant vers sa famille, très particulière, mi-rurale, mi-intellectuelle, mais la place des livres dans ce foyer est assez conflictuelle. Et ce sera, bien entendu, l’un des axes de l’histoire du retour de ce fils prodigue, écrivain.

C’est le genre de (long) film qui se mérite, mais qui a de nombreuses vertus. Celle d’abord du total dépaysement : géographique, nous découvrons les Dardanelles, culturel car nous sommes immergés dans un milieu, un lieu et une histoire impossible à concevoir de notre point de vue d’européen. Si la façon de filmer est particulièrement élégante et d’une écriture rigoureuse (une seule focale, des mouvements d’appareil très maîtrisés, une photographie belle sans être sophistiquée…), les plans séquences sont nombreux, et les dialogues interminables, quel qu’intérêt qu’ils puissent avoir.

Les propos échangés le sont à différents niveaux qui donnent au film cet aspect de conte oriental où se développent les mêmes thèmes, sont proposées diverses hypothèses, où règne l’ambiguïté des motivations et des suites à attendre. Le recours à la symbolique est astucieusement exploité, e.a. par le poirier sauvage, mais aussi par un puits dont vous découvrirez le rôle qu’il occupe concrètement et métaphoriquement. Il y a une subtile actualité politique effleurée à de nombreux moments dans le film, mais il ne se résume pas à un seul thème, à une seule thèse. C’est ce qui en fait la richesse foisonnante, mais aussi la complexité touffue. Vous serez sensibles aussi à la recherche de ses liens non-dits entre père, grand-père et fils, à la façon dont se défend une certaine forme d’honneur et se dissimulent les lâchetés et les travers.

Le réalisateur est une star que Cannes a encensé de nombreuses fois et je commentais Winter Sleep d’une façon qui, à la relecture, correspond assez bien à mon ressenti après la vision de ce Poirier sauvage. Il donne des fruits rustiques mais roboratifs.

Francis de Laveleye

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