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Review SANTIAGO, Italia

de Nanni Moretti

Avec un à-propos qui doit être salué, les dirigeants militaires du Soudan ont fêté l’anniversaire de la remise en ordre de la place Tian’Anmen trente ans après jour pour jour. En massacrant des dizaines de civils sans armes, qui tels de candides Chinois, attendaient sur une place de la capitale le retour de la démocratie.

Notre ancien secrétaire d’état Théo Francken a dû être rassuré. Il avait choisi les bons interlocuteurs pour négocier le renvoi dans leur pays de réfugiés soudanais qui fuyaient la répression du régime et avaient eu la bête idée de se réfugier en Belgique.

Les Algériens feraient bien de prendre garde à ce qui vient de se passer à Khartoum. Les militaires, surtout dans les pays où ils ont pris le contrôle de la vie politique et économique, n’aiment pas être dérangés pendant leur sieste.

Un documentaire sorti récemment nous rappelle un autre affrontement de ce genre, qui commence à être oublié. Nanni Moretti, dans « Santiago, Italia » promène sa caméra dans la capitale du Chili, et explore, vu d’aujourd’hui, les événements du 11 septembre 1973, lorsque l’armée, sous la direction du général Pinochet, a effacé dans le sang les institutions démocratiques et « suicidé » le président Allende. Avant de massacrer un certain nombre de civils déclarés opposants.

Moretti s’est particulièrement attardé sur tous ceux que les Italiens ont fait échapper à la mort. On apprend ainsi (en tout cas moi) que l’ambassade d’Italie à Santiago a accueilli des centaines de réfugiés dans ces journées terribles et que les autorités italiennes (tous partis confondus) se sont battues pour les exfiltrer de la capitale chilienne, les faisant échapper à la violence de l’ordre nouveau, et les faire venir dans la péninsule. Tous partis confondus. Vous entendez ça, MM Francken et Van Grieken ? Vous vous en souvenez, M. Salvini ? « La compassion, la solidarité, voilà ce qui fait la différence entre l’Italie d’alors et celle d’aujourd’hui », explique Nanni Moretti. « Et l’horreur des réseaux sociaux », ajoute-t-il (dans une interview à l’Express).

Pas d’effet de mise en scène dans ce film sobre et émouvant, juste des témoignages  (y compris celui d’un ancien tortionnaire en prison). De rescapés revenus au Chili ou qui se sont définitivement installés en Italie.

A la différence de Michaël Moore, Moretti ne se met pas lui-même en vedette. On le voit à peine (le plus dense, son face-à-face avec le tortionnaire). Il s’efface devant l’Histoire pour que l’Histoire ne s’efface pas.

Alain Berenboom

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