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Review Leto

De Kirill Serebrennikov avec Irina Starshenbaum, Teo Yoo, Roman Bilyk

A Leningrad (St Petersbourg) au début des années quatre-vingts. Roman est un rockeur star parmi le petit cercle des amateurs de rock. Sa compagne, Natalia, élève leur petit bébé, joue les fans, et tombe aussi amoureuse d’un jeune chanteur d’origine asiatique qui a rejoint le groupe, Viktor. Au pays des Soviets, être rockeur est presqu’un acte de dissidence. Même si ces jeunes gens ne s’intéressent guère à la politique. Comme tous les jeunes Européens de leur génération, ils ont envie de musique, de sexe et de liberté. Ils sont fous de Lou Reed, des Talking Heads et d’Iggy Pop.

Le film de Serebrennikov est un mélange de liberté créatrice qui rappelle les débuts de la nouvelle vague ou les films des Beatles tournés par Richard Lester. Avec un noir et blanc qui renforce l’image côté underground des personnages et de leur groupe. Et des effets spéciaux délirants qui sont autant de pieds de nez. C’est plein de musique, de blagues de potaches, de provoc douces. Mais une mélancolie amère baigne tout le film, celle d’un empire qui va bientôt disparaître, d’une génération venue juste trop tôt pour goûter vraiment à la culture pop, d’amours en train de se briser lentement.

Avec ces riens, Serebrennikov livre un film d’une énergie incroyable, drôle et triste à la fois. Servi par des acteurs fabuleux, la sublime Irinia Starchenbaum, belle, touchante, poétique et craquante,  Roma Zver son compagnon nonchalant et magnifique, et Teo Yoo, magnétique.

Depuis, le réalisateur est en résidence surveillée.

Le film est tiré du livre écrit par le personnage qui a servi de modèle à Natalia et dont les deux compagnons sont morts jeunes avant même de découvrir la transformation de la Russie et la disparition de Leningrad.

Alain Berenboom

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