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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Celle que vous croyez de Safy Nebbou
Ce film est absolument à voir, pour de multiples raisons.
Les deux actrices, Nicole Garcia, marmoréenne, puissante et pleine de maturité, et surtout Juliette Binoche absolument irrésistible, dans la joie et la peine, dans son métier de prof et son désespoir de femme dans la cinquantaine. Bouleversante.
Les liaisons numériques dangereuses pourrait être le titre de ce film d’une modernité, d’une singularité et d’une rare maitrise. Nous suivons l’usage très complexe qui est fait de ces échanges, naïfs et bon enfants, qui évoluent de façon très envahissante, complexe, perverse, entre des êtres qui, pour se rencontrer, ont recours aux réseaux sot-sot. Pour une fois, les écrans, téléphones et portables, sont admirablement intégrés au récit et aux images du film. Une superbe réussite.
Le scénario est parfaitement construit, et d’une grande complexité, paradoxalement très lisible.
Et la fin de l’histoire est tout simplement imprévisible, une absolue surprise en plusieurs actes. Un vrai tour de force.
Il faut aussi souligner la qualité extrême des plans de ces deux femmes, filmées de très près, sans filtre, ce qui nous donne à voir chaque détail de leur visage en beauté ou en chagrin. Une belle merveille visuelle. Il y a une séance de photo qui laisse rêveur, tant les images magnifient l’actrice.
Sans spoiler, il est permis de dire que Juliette Binoche enseigne à l’université, et nous l’entendons durant quelques belles et courtes séquences, exposer, à ses étudiants, certains aspects de l’œuvre de Pierre Ambroise Choderlos de Laclos. Un pure régal qui propose des clés pour le film, tout en accentuant la modernité de celui-ci, au regard de l’éternelle constance de ce que Les liaisons dangereuses suscitent chez ses lecteurs.
Le réalisateur n’en est pas à son coup d’essai, et sa propension à opposer deux fortes personnalités permet, une nouvelle fois, une brillante démonstration. De lui, je n’ai vu que Dans les forêts de Sibérie, un film singulier et remarquablement interprété, maîtrisé malgré l’extrême audace de la mise en œuvre.
Au delà de l’immense plaisir que ce récent film suscite, il y a une profonde réflexion à nourrir quant à cette façon étrange, mais tellement banalisée, d’entrer en relation via ce qui, à mes yeux, les rend impossibles : l’omniprésence des moyens de communications numériques avec image.
Les fake news les plus délétères ne sont pas toujours celles que vous croyez.
Une intime conviction de Antoine Raimbault

© Severine Brigeot

Ma conviction est faite : c’est un film pour midinette. Sujet accrocheur, comme chaque fois que la Cour d’Assise est le théâtre du drame qui se joue : va-t-on innocenter un criminel ou condamner un innocent ? Malheureusement le sujet inspiré d’un fait réel et resté à ce jour sans réponse, subit un traitement scénaristique qui ferait rougir de honte le moindre chroniqueur de tabloïd.
Rien n’est crédible dans le récit qui confie à une dame (jurée lors du 1er procès en assise) rien moins que les écoutes téléphoniques ! Plus absurde, plus invraisemblable, il n’y a pas au vestiaire des avocats. Les scènes au tribunal sont du mauvais théâtre, les séquences intercalaires sont mal dégrossies et absurdement caricaturales. Les rapports humains, essentiellement familiaux avec des enfants (celui de l’héroïne, ceux de l’accusé) sont d’un frustre qui les rend ridicules. L’accusé lui-même est réduit à une espèce de figurant qui s’ennuie. Bref, aucune réelle construction de personnages, si non celui de cette femme qui s’obstine, jusqu’à la folie, à essayer de résoudre un mystère qu’elle croit pouvoir dévoiler. C’est aussi absurde que ridicule. Et au centre de tout cela, l’avocat tonitruant et théâtral, notre Olivier tax shelter Gourmet. Comme son personnage est outrancier, hâbleur et colérique, on ne sait si c’est l’acteur insupportable, même en caleçon, qui ne peut faire autrement ou si il y a une volonté, une direction artistique, qui nous impose ce numéro de Jean-Louis Tixier-Vignancour de sous préfecture.
Écoutez la plaidoirie de ce dernier, si vous n’avez pas le temps d’aller voir le film : https://www.youtube.com/watch?v=Y_eHs7aVdx4 Car là, c’est du grand art pour une impossible cause. Rien à voir avec ce feuilleton de mauvaise série télé. Le nom que porte l’avocat est rien moins que Éric Dupond-Moretti, personnage réel, ayant plusieurs fois utilisé sa toge comme costume d’histrion.
Marina Foïs est magnifique, d’abord parce qu’elle surnage dans ce naufrage cinématographique, ce qui prouve que le talent survit, même dans la nuit la plus profonde. Reste à saluer les prises de vue dans le tribunal qui sont faites avec une virtuosité et un sens du reportage qui soutiennent heureusement ce scénario malheureux.
Il est possible de se laisser captiver par cette pseudo justice spectacle. Personnellement je ne suis pas très convaincu. Que le tax shelter soit à nouveau une source de financement pour un tel film n’est rien moins que de la provocation, même si l’on aperçoit au générique, le nom de quelques Belges, alibis.

Francis de Laveleye

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