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Review Ben is Back

Le spectateur est propulsé, dès les deux premières séquences, comme un funambule inexpérimenté sur un câble très tendu au dessus d’un insondable vide, en sachant qu’il doit avancer et qu’il tombera certainement, mais sans savoir quand, ni de quel côté. Et l’on sort épuisé de ce film exceptionnel. Il nous montre le retour du fils aîné dans une famille recomposée, avec sa sœur, très traumatisée par son frère, avec deux charmants gosses métisses, le second mari étant afro-américain.
C’est évidemment la mère qui retient toute l’attention car elle fait tout (et ce n’est pas une exagération) pour accueillir son fils dans des conditions et un contexte que vous découvrirez durant ces deux journées que dure ce film.
Le scénario est absolument exemplaire de ce qui se fait de mieux : taillé comme un diamant. Dans un style ou la litote est maniée avec une subtilité, un tact et une efficacité  qui ne laissera personne indifférent. D’autant que l’enjeu du film n’est pas d’une grande futilité. Julia Roberts est au sommet de son art et elle assume se rôle de bourgeoise sans relief, pas franchement moche, mais quelconque, issue d’une middle class très banale. Lucas Hedges, qui est le fils de Peter Hedges le réalisateur,  joue le fils dans ce film, a été remarqué déjà dans Manchester By the sea.
Tout le film est écrit comme des notes prises à la hâte, certes pas comme un reportage, car les choses sont extrêmement bien mise en place, la construction du récit est d’une maîtrise admirable et l’on quitte la salle sans savoir.
Car c’est l’incertitude même de la vie qui est montrée ici, dans un contexte d’une modernité pathétique telle que décrite déjà, mais sur un autre ton, dans Beautiful Boy. Les spécialistes des questions d’addiction ne manqueront pas de rapprocher les deux films et d’en mesurer les qualités communes et les différences.
La mise en image est audacieuse qui est faite au format cinémascope, donc très large, mais avec peu de profondeur de champs. Cela donne une précision sur les visages qui est nécessaire pour un tel sujet où tout se lit par les expressions si riches et si complexes des protagonistes. La musique allie subtilement ce qui est thématique, illustratif et ce qui est essentiellement joué pour nouer les tripes. Le retour de Ben n’est pas sans peine. Mais il faut y prendre part pour avancer dans les réflexions que la drogues impose à nos sociétés.

Francis de Laveleye

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