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Review Peterloo

Vaste fresque historique et sociale, les débuts de la lutte du prolétariat anglais avant le milieu du XIXe à Manchester.
Nous découvrons l’un des personnages au début du film, l’après-midi du 18 juin 1815 à Waterloo ; nous le quitterons lors de ses funérailles, sorte d’incarnation de celui qui a survécu à l’ennemi et qui a succombé, sous les coups de ses compatriotes, sur le terrain de St. Peter’s Field à Manchester, le 18 août 1819 où s’étaient rassemblés, un jour de grève, les ouvriers des filatures et des femmes, suffragettes avant l’heure, réclamant leurs droits élémentaires (celui du vote) et leur représentation à la Chambre.
Le titre Peterloo est le nom qui a été retenu pour désigner cet événement mythique, et bien réel, comme la révolte du Potemkine, le Serment du jeu de paume, le 1er mai à Fourmies, parmi d’autres ayant jalonné l’histoire sociale. Peterloo est la ” troncation ” de Peter et Waterloo, un amalgame sémantique utilisant le sens de deux mots, réuni en un, un mot ” valise ” ou, comme disent les anglais, a portmanteau word.
Le film est une superbe reconstitution d’époque, le prolétariat peut-être un peu caricatural, leurs décors intérieurs surtout, éclairés à la chandelle et à la lampe à huile. Caricaturale aussi, la noblesse anglaise, avec quelques spécimens remarquablement interprétés par des acteurs âgés et irrésistibles. L’histoire se suit avec précision car elle est exposée un peu trop en détail, avec des scènes de dialogues, de discours, qui n’en finissent pas. L’action occupe relativement peu de temps dans ce long film de 154 minutes, si l’on excepte le meeting final, sorte de bravoure cinématographique pleine de panache. Il y a des ambiances du monde industriel, des intérieurs d’usines, qui sont de belles réussites visuelles.
Mike Leigh, le réalisateur, est ” un poids lourds ” du théâtre (d’où, sans doute, ce casting si riche) et du cinéma, pour e.a. Another year et Mr. Turner, que déjà, j’avais trouvé un peu bavard, lent. Mike Leigh est très ” marqué ” cinéma social, proche de Ken Loach par exemple. Le personnage du film, leader de la protestation, Henry Hunt, est un riche fermier, engagé auprès du peuple et du prolétariat, des femmes aussi, pour lesquelles il réclama le droit de vote ; en vain. Hélas, le personnage dans le film est un peu caricaturé, sans nuance.
Ce film est digne du plus grand intérêt, même si la narration n’est pas tout à fait maîtrisée. L’histoire est impressionnante et l’on y aperçoit un prince de Galles qui n’est pas flatté. Les enjeux politiques et sociaux résonnent encore aujourd’hui, partout où se réunit une population qui se sent exclue et exploitée ; avec ou sans gilet jaune.

Francis de Laveleye

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