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Review Les filles du Soleil

  La question qui se pose est de savoir si les femmes, les mères, font la guerre, se battent l’arme au poing, différemment, pour d’autre motifs, pour défendre d’autres valeurs ?
Question centrale et tellement d’actualité, que ce film me semble être un événement, d’autant plus rare que le sujet n’est pas rabâché, et est, ici, admirablement construit et … défendu.
Au Kurdistan, des femmes luttes contre Daesh.
Voilà l’affaire. Elle est suivie par une femme reporter, qui porte un bandeau noir pour masquer son œil perdu (lors d’un combat dont elle était témoin comme journaliste de guerre). Peut-on exprimer de façon plus claire, par une métaphore aussi littérale, que l’on ne voit jamais toute la réalité. Emmanuelle Berco incarne cette journaliste ; elle avait déjà ébloui dans Mon Roi et ici, elle est la ” médiatrice ” parfaite entre la réalité de terrain et le regard occidental. Borgne, nous le savons.
Le spectacle, au quotidien, de ces femmes en lutte, leur histoire, sont à proprement parler, bouleversants. Ils se déroulent dans un ” pays ” délabré au delà de l’imaginable et cela est admirablement montré. Sans aucun voyeurisme, mais avec un sens remarquable des tensions qui renaissent à chaque moment de l’histoire. La musique joue, à cet égard, un rôle à la fois central et remarquablement riche dans ce film ; voyez-le avec vos oreilles.
Ce qui m’a paru une subtile réussite, c’est la structure de la narration. Vous la découvrirez avec beaucoup d’intérêt, car l’usage du, des flashback, me semble contribuer de façon admirable à la compréhension, mais surtout à la perception de la détermination de ces femmes combattantes. Une superbe réussite en terme de construction scénaristique, de montage.
Le film d’action, car s’en est un aussi, est servi par quelques rôles, quelques silhouettes, bien campées. Mais il me paraît que c’est l’ambiance générale, si remarquablement restituée, d’une guerre invisible, qui a été rendue accessible pour que l’on puisse témoigner que l’enfer existe. Dans l’indifférence de tous.
L’actrice, iranienne d’origine, Golshifteh Farahani, est saisissante et son personnage s’impose dans toute sa complexité : mère, intellectuelle, combattante de première ligne, déterminée. Elle donne littéralement ” corps ” au film, et au delà, à toutes ces femmes qui ont vécu l’indicible.
Nous connaissions la réalisatrice, Eva Husson , pour son précédent film Bang Gang qui se déroulait, lui, en France avec des familles. Le changement, avec ce film-ci, est radical mais le résultat aussi admirable.
Elle s’est emparée ici d’un conflit particulièrement difficile à déchiffrer, celui dans lequel les yézidis connaissent un sort on ne peut plus funeste. Certaines séquences du film en donnent un très vague aperçu au regard de l’histoire millénaire de ces gens caractérisés par leurs croyances religieuses autant que par leur origine géographique.
Mais il ne vous échappera pas que le film est sous-tendu aussi par une attitude militante féministe aux multiples aspects, enracinée dans le machisme cinématographique d’abord (qui, peut-être, a accentué le mauvais accueil de ce film admirable) mais aussi la femme dans la guerre. Et les récits qui en sont faits. Ne ratez pas l’occasion de voir et méditer des choses invisibles et incroyables. Vous aurez aussi une agréable pensée pour le tax shelter lorsqu’il est employé, comme ici, d’une façon qui l’honore, car, au delà des retombées techniques ” belges “, il sert un art au service de gens qui ne pourraient y recourir, car laissés à l’écart de cette forme d’expression.

Francis de Laveleye

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