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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Woman at War de Benedikt Erlingsson 
Un dépaysement complet, dans un pays rarement filmé et qui a servi déjà de décors pour RAMS.
On y retrouve cette ruralité impérieuse mais cette fois, avec des citadins, dont l’une est ” en guerre ” contre les développements techniques qu’elle s’emploie, seule, à saboter. Ce qui nous vaut des images rares et exotiques.
L’adoration, quasi physique, de la ” terre natale ” est mise métaphoriquement en parallèle avec la maternité qui prend, dans le récit, une forme singulière.
Il faut souligner aussi une étrangeté de la bande sonore qui fait voir les 3 instrumentistes qui jouent à l’image, lors des séquences dans lesquelles ils ne tiennent pourtant aucun rôle. Pour employer le vocabulaire pédant, la musique extradiégétique devient grâce à ce subterfuge, diégétique sans pour autant participer de l’action. Il va falloir utiliser un nouveau mot ” chic ” pour qualifier ce que l’on avait déjà aperçu chez Kusturica avec Goran Bregovic. ” Paradiégétique ” peut-être…
Une autre remarquable singularité du film est la présence de sœurs jumelles. C’est tellement bien mis en image que l’on ne se rend pas compte que les deux sœurs sont jouées par la même – excellente – actrice.
Un film sur la nature, sur l’écologie comme une exigence qui impose la transgression, un joli conte avec des personnages d’aujourd’hui, et une ambiance de comédie souvent dépaysante et rafraichissante. Vous serez sensibles au fait que l’intrigue progresse avec très peu de dialogues et cependant, l’on en comprend tous les aspects, l’on en apprécie toutes les singularités.
Une Islande à découvrir.

cc Gaumont Distribution

L’Empereur de Paris de Jean-François Richet 
En pire. Tout est réuni pour faire une super production historico-romanesque. L’époque, les personnages qui s’y côtoient, leurs violentes concurrences. Et ce ne sont pas des enfants de cœur.
Nous pensions être emportés par une fresque grandiose, nous sommes face au cinéma d’avant la nouvelle vague ; en couleur. Vincent Cassel campe un personnage assez monolithique, le sourire carnassier, la tête légèrement de travers, la moue méprisante, et sûr de lui, mais qui n’évolue pas durant le récit de son destin. Ce qui a manifestement amusé le metteur en scène, ce sont les combats. Coups de poings, de pistolets, d’épées, de sabres, de cannes, de poignards, rien ne manque à ces innombrables moments où l’on se casse la gueule entre ennemis. C’est réglé comme des combats de catch pour forains de province. Laborieux et démonstratifs, sans surprise. Une chorégraphie lourdingue réglée par quelqu’un qui n’a vu ni les films japonnais, ni Tarantino. Et ce qui alourdit encore le spectacle, ce sont les décors faits le planches de sapins, de rampes et d’escaliers que n’oserait pas vendre IKEA.
La patine de ces décors est d’une désespérante banalité, accentuant le côté studio, comme il s’en tournait à la grande époque du cinéma français d’après guerre. Heureusement quelques décors réels sont somptueux et les découvertes ” d’époque ” sur la ville de Paris, impressionnent : l’Arc de Triomphe en construction…
La figuration est formidable, des trognes magnifiques, les rôles sont bien assumés, avec un Denis Lavant égal à lui même, sorte de gargouille vivante et Fabrice Luchini parfait en Fouché. Il est le Claude Riche de cette génération.
Mais le scénario est d’une grande faiblesse, ce qui rend le film lent et répétitif, hélas.
L’idée de nous dépeindre Vidocq en parfait rétif à tout engagement, à toute compromission, est séduisante. Mais mal aboutie. Restent les scènes avec dames, charmantes, aux dialogues bien écrits, mais un peu conventionnelles.
Ce qui achève d’agacer, c’est qu’une fois encore, le Tax Shelter est co-financier, via Scope. Il ne nous étonnera pas que tout cela finisse comme L’Empereur, à Waterloo.

Francis de Laveleye

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