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Manbiki kazoku (Shoplifters) de Hirokazu Kore-Eda

Le titre original du film de Kore-eda, “La Famille des vols à l’étalage” est autrement plus pertinent que le titre dont l’ont affublé les distributeurs français.

Au moment où commence le film, un homme entre deux âges propose à sa famille réticente d’accueillir une petite fille de cinq ans, ramassée dans la rue et manifestement délaissée et battue par ses parents. Dans une petite pièce où la nuit chacun dort dans un placard, vivent en compagnie de cet homme, une grand-mère, phare de la famille, deux femmes et un jeune garçon (on hésite d’abord sur le sexe de cet enfant).

Le début du film reproduit pratiquement celui de « Récit d’un propriétaire », le premier film qu’Ozu a tourné après la guerre, en 1947. Ce n’est pas le seul lien entre le père du cinéma nippon moderne et Kore-Eda qui de film en film apparaît comme son digne héritier. L’attention à la famille et  les liens complexes entre leurs membres, les rapports adultes-enfants, l’arrivée inexorable de la vieillesse et de la mort, tout cela fait partie du « tribut » d’Ozu dont Kore-Eda s’inspire aussi de l’art de filmer, un art qui marie lenteur et tension dramatique.

Rapidement, on comprend que la famille n’en est pas une, c’est la réunion de gens pauvres, laissés pour compte auxquels se sont joints malgré eux deux enfants mais ce petit monde forme une famille autrement plus unie et aimante qu’une vraie. Leur principale activité est le chapardage. Ce ne sont pas des brigands de haut vol mais juste de petits voleurs. C’est évidemment à l’occasion d’un petit larcin raté qu’un des enfants va se faire prendre et que la belle mécanique va se dérégler.

Palme d’or pour une fois méritée du dernier Festival de Cannes, « Une affaire de famille » est une radioscopie au scalpel des laissés pour compte de la société japonaise, et de ce Japon qu’on ne  nous montre pas ( les protagonistes du film vivent et volent dans un quartier pauvre, de petits boutiquiers, de maisons branlantes). C’est aussi un superbe regard sur la fragilité des liens familiaux, du fil entre générations, comme Kore-Eda l’avait déjà si bien montré dans « Tel père, tel fils » et dans « Après la tempête ».

C’est un film à la fois pertinent, plein d’émotions retenues et d’intelligence, admirablement photographié et magistralement interprété. Avec un coup de chapeau particulier à Kilin Kiki qui joue la grand-mère, hélas disparue depuis. Et à Jyo Kairi, éblouissant dans le rôle du jeune ado.

Alain Berenboom

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