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Review Capharnaüm

Ce film est entièrement focalisé sur un gosse dont le destin est immensément pathétique. Ce film sera sans doute insurpassable à tous points de vue : il est exceptionnel.

Prenons le temps de nous souvenir du sens de ce titre, grâce à Wikipedia :Capharnaüm est un village de pêcheurs de l’ancienne province de Galilée, sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade au nord de l’État d’Israël. C’est dans cette ville que Jésus fait ses premiers miracles et recrute les 4 premiers disciples. (Matthieu 4:12)

J’ignore si la réalisatrice considère le héros de son film comme un possible nouvel apôtre, mais cela ne me déplairait pas, symboliquement.

Capharnaüm est surtout utilisé pour qualifier un lieu de grande pagaille, renfermant beaucoup d’objets entassés pêle-mêle, un endroit en désordre et, par métonymie, un amas de ces objets. Ce sens, uniquement utilisé en français, serait justifié par le fait que Capharnaüm était un lieu très peu organisé.

Ce titre convient parfaitement à ce film qui se déroule dans l’un de ces lieux que les guerres de religions des XXe et XXIe siècles imposent encore à des gens qui sont réduits à un état de loups dans une décrépitude absolue et une misère sociale, morale, matérielle, inconcevable, à quelques distances à peine des richesses pétrolières les plus indignantes.

Il n’y parait pas tout de suite, mais la structure du récit est subtilement complexe, puisque l’on commence en évoquant ce qui finira l’histoire, et que le récit central est, en quelque sorte, un immense retour en arrière. Absolument bouleversant. Il montre le destin d’un jeune garçon qui est tellement indigné par le sort réservé à sa sœur, qu’il va entamer, tel Orphée, une descente aux enfers dans l’espoir de retrouver son Eurydice. Et avec lui, un autre enfant, de moins de deux ans, qu’il assumera avec un sens des responsabilités incroyable malgré sa totale absence de moyens. Nous sommes témoins de tout cela, le regard à hauteur de ce gamin, la caméra est de reportage, la lumière sans aucun artifice et les décors sans doute la simple et pathétique réalité. Les personnes qui jouent dans ce film sont admirables toutes, de vérités, de force et d’une authenticité confondante. Beaucoup de sujets ” voisins ” sont abordés, effleurés, et ainsi avivent le malaise moral du spectateur : les sans papiers, les migrants économiques, le machisme ordinaire, tant d’autres encore qui ajoutent à la densité oppressante du film et qui nourrissent cette irrépressible empathie éprouvée pour le drame dont cet enfant extraordinaire devient emblématique. La dernière image du film rappelle que l’enfance est l’avenir de l’humanité. Signe d’espoir malgré tout cela qui est si lourd et bouleversant.

Francis de Laveleye

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