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Review Nos batailles

Une belle victoire. Totalement dépourvue de ces artifices qui donnent parfois à certains films, les éclats chamarrés de la séduction. Pas de musique. Ici, l’image est d’une austérité monacale, l’éclairage crée une ambiance plombée, avec quelques sources assez systématiquement dans le cadre, la coloration bleu pétrole est omniprésente, et il n’y a pas de plans larges, si l’on excepte ceux montrant le vaste dépôt, lieu de travail et de servitude. Le film n’est pas une comédie légère mais témoigne d’une profonde sensibilité d’autant plus palpable que deux enfants occupent une place centrale dans l’histoire, et dans la vie de cette famille soudain confrontée à un changement aussi brutal qu’inexpliqué.

La caméra est au plus près de chaque personne, presque ” sous le nez ” des protagonistes et cela nous rend leurs questionnements, leurs souffrances, véritablement palpables, comme si l’on pouvait les ressentir de près, les toucher du doigt.

Le montage suit de façon quasi mimétique les sautes d’humeur, les imprévus, les surprises, la violence parfois d’échanges véhéments que des dialogues d’un naturel exceptionnel tant dans l’écriture que dans la façon de les dire, rendent souvent poignants. Les acteurs travaillent cette façon de ” se parler ” d’une façon singulière, l’une des ” marques de fabrique ” du réalisateur qui ne fait pas apprendre le texte, mais le fait ” découvrir ” au tournage, ce qui crée ce ” naturel ” avec ces petites imperfections qui restituent si bien la vrai vie.

Ce film doit être soutenu, il mérite la plus grande attention en ceci que, outre ses nombreuses qualités intrinsèques, il témoigne d’une époque où la vie économique, les conditions de survie matérielles des gens ordinaires sont tellement oppressantes qu’elles détruisent le lien social, familial comme l’eau érode même les roches les plus solides.

Dans la construction subtile de ce récit singulier, vous apprécierez la richesse des rapports tissés entre les protagonistes et l’histoire ” incidente ” et tragique d’un collègue qui est traitée comme une sorte de parabole prémonitoire. Mais soudain un peu de couleur jaillit juste avant la fin du film, signe de victoire sans doute, après les batailles. Encore un film aidé par le Tax Shelter, mais à bon escient me semble-t-il, car il est l’expression d’un talent né ” chez nous ” avec le très remarquable Keeper  dont mes commentaires enthousiastes à l’époque soulignaient déjà les éléments de ce que l’on peut appeler ” le style ” de l’auteur.

Francis de Laveleye

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