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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

I Feel Good de Benoît Delépine et Gustave Kerven

Un film d’exception, de quelque point de vue qu’on le considère.

Le scénario est une sorte de mélange de film social, souriant, de farce burlesque, de provocations en tous genre.

La mise en scène est faite pour amuser le spectateur qui est mis, littéralement, face à ces personnages tous issus d’une fresque à la Daumier, avec une double mention pour Jean Dujardin et Yolande Moreau. S’il n’y avait pas ce genre de films, inclassables, jamais nous n’aurions vu ces deux acteurs aussi drôles et touchants.

Les décors incroyables, oscillant entre la maison de poupée et la déchetterie, entre une espèce de science fiction en ruine et des ” flash back ” irrésistibles de drôlerie, le tout dans une ambiance lumineuse, photographique, une colorimétrie pour parler chic, qui semble issue de l’univers du plastic des années 50.

Saint Amour (209) des mêmes réalisateurs utilisait déjà certaines formes de récit issues des guignoles de Canal +, un humour inclassable et qui fait mouche.

Il y a en prime, une sorte de galimatias politico-social qui est très touchant, interpelant, à ne pas prendre à la légère même s’il est tenu de façon extravagante. L’Abbé Pierre plane sur tout cela de façon malicieuse et interpellante.

Bref, le genre de film inclassable qui se fait sentir bien.

Mademoiselle de Joncquières de Emmanuel Mouret

Heureuse découverte d’un réalisateur dont je n’avais pas vu les films précédents. Ici, c’est du grand classique, très soigné, un beau film en costumes comme on les aime.

Mais surtout la langue qui y est parlée est sublime, par son élégance, mais aussi par le vivacité des répliques. Diderot a inspiré cette histoire (Jacques le fataliste) et le spectateur la suit avec plaisir, intérêt même, lorsque le féminisme vient sous-tendre certaines attitudes, certaines motivations évoquées dans le cours de l’histoire. Il est vrai que la Régence de Louis XV est une période de libertinage maintes fois déjà labourée, avec en référence insurpassable, Les liaisons dangereuses qui semblent avoir certains liens de famille avec ce scénario. Il est bien construit, même si l’on ressent certaines complaisances, certaines longueurs et parfois quelques maladresses. En particulier dans le manque de maîtrise du temps qui passe. Certes, les passages ” au noir ” marquent, comme des chapitres, les époques successives, mais c’est insuffisant pour prendre conscience de l’écoulement du temps. Et l’unité de ” lumière “, la saison unique, printanière, estivale, induit la sensation que tout cela se passe le même été, dans une belle propriété. Propriété qui, en intérieur, limite un peu les ambiances qui deviennent à force, répétitives.

Les beaux et longs mouvements de caméra semblent une caresse de l’œil sur ces personnages qui en inspireraient de bien plus intimes.

Personnellement je trouve Édouard Bear excellent acteur, mais d’une modernité maladroite : barbu comme c’est la mode aujourd’hui, et habillé d’une façon faussement bohème qui cadre assez peu avec son rang et l’imagerie de l’époque.

Cécile de France elle, est absolument sublime de finesse, de richesse d’expression, de beauté. Et tous les autres rôles sont très élaborés, élégants. L’image est délicatement surexposée, ce qui donne une ambiance laiteuse subtile, une sorte de légèreté qui sied bien à l’époque. La musique abondante, utilisée de façon théâtrale, n’a peut-être pas fait l’objet d’une sélection très élaborée.

Mais dans l’ensemble, le plaisir de voir d’excellents acteurs dire des textes d’une rare élégance, dans de beaux décors avec des costumes de belle allure suffit à assurer un moment très plaisant et qui amuse. Mais cela, c’est le scénario dont je ne dirai rien.

Francis de Laveleye

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