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Le billet d’humeur de Francis de Laveleye

Dogman de Matteo Garrone

Non d’un chien, quel film ! Âpre, d’une violence de match de box, de combat de chiens, mais d’une puissance de championnat.

L’Italie qui nous est montrée là, en bord de mer, abandonnée à la misère ordinaire, aux petits malfrats, est à l’image du personnage central, toiletteur de chiens, débile léger qui aime tous les clébards et sa fille préadolescente.

Mais voilà, ce petit traficoteur qui fournit un peu de coke pour améliorer son ordinaire, va transformer celui-ci en enfer car, contre cette bonté vacillante se dresse à coups de poings le mal absolu, violent, une brute que la poudre blanche a transformé en chevalier noir, chevauchant une puissante moto rouge.

C’est l’affrontement de ces deux hommes qui est le sujet du film. Hélas, les enjeux ne sont pas suffisamment puissants pour en faire un film à rebondissement. C’est la tension cruelle, exaspérée, entre ces deux hommes que plus rien n’arrête qui va tenir le spectateur en haleine, de façon stupéfiante.

Une image très travaillée contribue énormément à donner à ce spectacle, ensanglanté par les chaires éclatées, une puissance maléfique. Marcello Fonte en toiletteur de chien, est exceptionnel, un personnage incomparable et qui, à lui seul, fait du film un moment rare. Une scène d’exception aussi est la confrontation de l’ancien détenu, cocaïnomane et bourreau de son dealer, lorsqu’il est amené par ce dernier chez la mère du boxeur. Grandiose !

Et les chiens de toutes races expriment la variété humaine dont ils sont le reflet, d’une façon savoureuse. A voir donc, mais pas avant un tête à tête romantique. C’est un dur combat de gladiateurs modernes.

cc Cinéart

The Children Act (My Lady) de Richard Eyre

Il est des films qui ressemblent à des mille feuilles. Les sujets bien assortis s’y superposent, se succèdent, se fondent et s’entrelacent de façon subtile et forment un tout d’une saveur singulière, ici d’un raffinement exceptionnel. My Lady est la manière de dénommer au tribunal la Juge, ici celle en charge des questions relatives aux mineurs. The Children Act est une loi de 1989 qui dit que l’intérêt de l’enfant prime sur tout autre. Facile à dire… Et nous voilà entraînés dans une suite de dossiers d’une extrême complexité qui nécessitent que la justice départage des points de vue opposés, irréconciliables, mettant face-à-face des parents, des médecins, les médias et qui laissent le spectateur étourdi par le vertige que provoquent ces moments terribles durant lesquels aucune certitude, aucune réponse toute faite ne permet de trouver une solution évidente, apaisante. Pour un cas singulier, la Juge ira même au chevet de l’un des ” enfants ” dont la vie est en jeu. De cette démarche naîtra une relation très particulière qui va s’immiscer dans son quotidien de façon tout à fait originale, émouvante et sans issue semble-t-il. Passionnant à découvrir, totalement inattendu car d’une grande originalité scénaristique.

Ces questions de déontologie et de justice sont juxtaposées à une crise de couple. Mari et femme n’arrivent plus à poursuivre une vie qui est très subtilement évoquée et dont les frustrations ne sont plus supportables ; par le mari, évidemment.

Tout cela se déroule aujourd’hui, essentiellement à Londres, une ville présentée de façon très élégante, un peu nostalgique peut-être, à l’abri des atteintes d’une modernité qui n’est pas montrée alors que la caméra, toujours en mouvement, suit la Juge, chaque déplacement des gens, par un mouvement de travelling, comme un pas de deux dans un ballet. Les cadres, la photographie, les décors et les accessoires concourent admirablement à créer ce monde que rien ne devrait arriver à ébranler et qui pourtant, sous nos yeux, se lézarde de façon profondément émouvante. Même si dans la seconde partie, certaines répétitions, certaines longueurs font un peu baisser la tension et l’attention.

Mais ce qui rend ce film admirable, c’est l’interprétation de Emma Thompson qui est de chaque plan. Et qui, dans chaque plan, étonne, intrigue, bouleverse. Ce film sera peut-être pour elle insurpassable tant la perfection de son talent semble avoir atteint un sommet absolu.

La musique diégétique et extra diégétique (pour parler de façon un peu snob) contribue de façon parfaite à structurer les moments du récit. Une œuvre qui illustre une nouvelle fois que les ingrédients d’une réussite au cinéma sont : l’histoire, la qualité des acteurs (ici dirigés par un grand maître issu du théâtre !) l’originalité et le traitement du scénario ainsi que le montage et la singularité de la mise en image.

Tous ces objectifs sont atteints, de façon harmonieuse, et sans esbroufe. Ce qui n’est pas un jeu d’enfant !

Francis de Laveleye

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